Date et origine du 17 Tammouz

Siège de Jérusalem par Vespasien et Titus, commémoré par le 17 Tammouz
Siège de Jérusalem par Vespasien et Titus (© IRHT CNRS)

Dates du 17 Tammouz

Le 17 Tammouz (ou jeûne de Tamouz) est prévu aux dates suivantes :

  • dimanche 21 juillet 2019
  • jeudi 9 juillet 2020
  • dimanche 27 juin 2021

Cette fête a lieu le 17 du mois de Tammouz dans le calendrier hébreu, comme son nom l'indique.

Le 17 Tammouz, un jeûne mineur marquant le début des commémorations de « détresses »

Le jeûne du 4e mois du calendrier juif antique – qui tombe en juin ou en juillet du calendrier grégorien – est mentionné pour la première fois dans le Livre de Zacharie, un texte de la Bible hébraïque, dans un passage composé à la fin du VIe siècle av. notre ère. Sa signification originelle – une commémoration de la première brèche percée par les Babyloniens dans la muraille de Jérusalem – a été légèrement modifiée et enrichie à l’époque romaine, entraînant un déplacement de son jour d’observance. Le 17 Tammouz inaugure une période d’affliction de 3 semaines pendant lesquels les juifs observent des rites de deuil.

L’anniversaire de la première brèche percée dans la muraille de Jérusalem par les Babyloniens

En 587/6 av. notre ère, le roi Nabuchodonosor II conquit le royaume de Juda et déporta ses élites à Babylone. 50 ans plus tard, le souverain perse Cyrus défit les Babyloniens : il autorisa alors les juifs qui le souhaitent à retourner s’installer dans l’ancien territoire du royaume de Juda, devenu une province de l’empire perse, et permit la reconstruction du temple de Jérusalem1. C’est dans ce contexte que, comme le rapporte le Livre de Zacharie, en 518 av. n.è2, une délégation fut envoyée à Jérusalem pour interroger les prêtres et les prophètes sur la nécessité pour les juifs de continuer à observer un jeûne annuel3.

La réponse du prophète Zacharie nous apprend qu’il existait en réalité une série de 4 jours de jeûne annuels4 apparus depuis 70 ans, soit depuis l’an 588 environ5. La comparaison de ce passage avec les récits des événements de la conquête babylonienne du royaume de Juda tels qu’ils apparaissent dans deux autres textes de la Bible hébraïque, le Deuxième livre des Rois ainsi que dans le Livre de Jérémie nous permet de déterminer quel était l’objet de la commémoration en question : il s’agit de la première brèche percée dans la muraille de Jérusalem par les assiégeants, un événement précisément daté du 9e jour du 4e mois de la 11e année de règne du roi de Juda Sédécias, soit l’année 587/66.

Siège de Jérusalem par Vespasien et Titus, Paris, Bibl. Mazarine, 1559, f. 290
Siège de Jérusalem par Vespasien et Titus Paris, Bibl. Mazarine, 1559, f. 290 / © IRHT CNRS

L’oracle du prophète : une réponse ambigüe sur la pertinence de l’observance de la commémoration

Alors que Jérusalem se repeuple et que le Temple est en cours de reconstruction – il sera achevé deux ans plus tard7 – fallait-il donc considérer que les jeûnes observés pour commémorer la conquête de la ville et la destruction de son temple étaient devenus caducs ? Ou bien les rites devaient-ils être maintenus dans une fonction de mémorial ? La réponse donnée par l’entremise de Zacharie n’est pas définitive et porte sur l’adéquation entre la foi et les pratiques, l’un des thèmes principaux des livres prophétiques8. Si le peuple éprouve le besoin d’expier ses péchés et ceux de ses ancêtres qui ont attirés la colère du Seigneur, rien ne les empêche de continuer à observer un jeûne commémoratif en témoignage de sa puissance. Le prophète, considéré comme rapporteur de la parole divine, apparaît donc comme le garant de légitimité de cette pratique.

Ainsi, à l’époque perse et tant qu’il y eut un temple à Jérusalem, l’observance de ce jeûne pouvait constituer une marque de piété pour certains fidèles mais n’était pas obligatoire. Il n’est d’ailleurs plus mentionné dans les sources antiques pendant 700 ans.

Dans le Talmud, un jeûne fixé le 17 Tammouz qui commémore plusieurs « catastrophes »

Vers 200 de notre ère, la Mishna9 mentionne un jour de jeûne à observer lors du mois de Tammouz mais fixé le 17e jour du mois, en mémoire de cinq épisodes différents :

Mishna Taanit 4,6 : « Cinq calamités sont survenues pour nos ancêtres le 17e jour du mois de Tammouz. Le 17 Tammouz, les Tables de la Loi ont été brisées, le sacrifice perpétuel a cessé, la ville de Jérusalem a été prise, Apostumos a brûlé un rouleau de la Loi, une idole a été placée dans le Temple ».

Si la commémoration apparaît toujours liée à la conquête de Jérusalem, la date ne correspond pas à celle à laquelle la Bible place l’ouverture d’une brèche dans la muraille. Cette évolution est à relier avec la prise de la ville par le futur empereur romain Titus, que les sources juives placent justement le 17 Tammouz de l’an 70 de notre ère10. Cet événement entraîna l’une des 4 autres calamités commémorées à la même date, l’arrêt définitif du sacrifice qui était jusque-là offert deux fois par jour au temple de Jérusalem, comme le rapporte Flavius Josèphe, qui fut lui-même un acteur majeur de ces événements :

Guerre des Juifs VI, 93 : « Titus ordonna aux troupes qu'il avait avec lui de saper les fondements de [la forteresse Antonia], et de préparer ainsi pour toute l'armée une escalade facile. Lui-même fit venir Josèphe, car il savait que ce jour-là, qui était le dix-septième de Panemos11, le sacrifice appelé « perpétuel » n'avait pu, faute d'hommes, être offert à Dieu ».

Les circonstances de la destruction du Temple par les Romains étant mieux documentées et plus proches chronologiquement des compilateurs de la Mishna, ceux-ci privilégièrent cette date pour la commémoration12. En conséquence, ils modifièrent alors la date de l’événement fondateur d’origine : les rabbins du Talmud de Jérusalem considèrent la date du 9 Tammouz donnée dans la Bible comme une erreur de calcul qui se serait introduite dans le texte du Livre de Jérémie13. Ainsi, et malgré l’opinion de certains maîtres comme le célèbre Akiva qui préconisait encore au IIe siècle de notre ère de commémorer la brèche babylonienne le 9e jour du mois14, la tradition rabbinique considère que les deux captures de Jérusalem qui entraînèrent à plus de 600 ans d’écart une destruction du Temple eurent lieu le même jour du même mois.

A ces événements historiques documentés, la Mishna associe la commémoration d’un épisode biblique rapportée dans la Torah dans le cadre du cycle de la Sortie d’Égypte :

Exode 33,15-16.19 : « Moïse s’en retourna et descendit de la montagne, les deux tables de la charte en main, tables écrites des deux côtés, écrites de part et d’autre ; les tables, c’était l’œuvre de Dieu, l’écriture, c’était l’écriture de Dieu, gravée sur les tables […]. Or, comme il s’approchait du camp, il vit le veau et des danses ; Moïse s’enflamma de colère : de ses mains, il jeta les tables et les brisa au bas de la montagne ».

Le brisement des premières Tables de la Loi est la conséquence du manque de piété des Hébreux qui, libérés du joug égyptien, adorèrent le veau d’or. La commémoration commune de cet épisode avec la prise de Jérusalem repose sur une théologie, déjà explicite dans le Livre de Jérémie, qui interprète explicitement les défaites militaires historiques des juifs comme un châtiment divin15.

Moïse brisant les tables de la loi devant le veau d’or - Beccafumi
Moïse brisant les tables de la loi devant le veau d’or - Beccafumi Pise, Duomo (cathédrale Notre-Dame de l’Assomption) / © WGA.hu

Les deux dernières calamités dont la Mishna place la commémoration à la date du 17 Tammouz sont plus difficiles à élucider et ont fait l’objet d’interprétations multiples et cumulatives. Les incertitudes les plus prononcées concernent le brûlement d’un rouleau de la Torah par un certain Apostumos, lequel ne peut être identifié avec certitude ; l’hypothèse la plus précise pour situer historiquement ce personnage reconnaît derrière son nom celui d’un gouverneur romain de Syrie nommé Posthumius16, mais il est possible qu’il s’agisse d’une figure générique de persécuteur. En effet, l’autodafé de rouleaux bibliques, déjà mentionné dans le Livre de Jérémie17, constitue un stéréotype des persécutions religieuses dans les sources juives dans les sources juives des époques hellénistiques et romaines18. La Guemara du Talmud de Jérusalem propose deux localisations alternatives pour le méfait d’Apostumos, à Lod (Lydda) en Galilée ou à Torlosa en Syrie19.

La référence à une idole – c’est-à-dire une statue destinée à recevoir un culte, en violation de l’interdit biblique20 – a donné lieu à des interprétations d’autant plus variées que le texte de la Mishna hésitait apparemment entre les voies active (« il mit une statue ») et passive (« une statue fut mise »). La première formulation conduit à imputer cet acte au déjà mentionné Apostumos. Des alternatives sont proposées par les rabbins du Talmud qui évoquent à la fois « l’abomination de la désolation » qui désigne dans le Livre de Daniel les cultes gréco-syriens introduits par le roi séleucide Antiochos IV en 168/7 avant n.è.21, ou l’érection d’une statue de la déesse Ashéra par le roi de Juda Manassé, un épisode placé au VIIe siècle av. n.è. et rapporté par les livres historiques de la Bible22. Des historiens modernes ont argumenté en faveur d’une commémoration liée à d’autres événements historiques, à commencer par la fameuse tentative de l’empereur romain Caligula de faire ériger sa propre statue dans le temple de Jérusalem en 41 de notre ère23.

Un jeûne mineur

Les rabbins du Talmud ne semblent pas avoir tenu le jeûne du 17 Tammouz pour obligatoire ; certains considéraient que sa pertinence devait être évaluée en lien avec la situation dans laquelle se trouvent les communautés juives contemporaines24. En conséquence, s’il est toujours observé au sein des communautés juives orthodoxes, ce jeûne est tombé en désuétude voire a été aboli dans les communautés libérales.

Contrairement aux jeûnes solennels de Yom Kippour et de Tisha beav qui durent 25 heures, celui du 17 Tammouz est observé de l’aube au crépuscule et n’est pas chômé. Si le 17 tombe un samedi, le jeûne est décalé au lendemain. A la synagogue, on lit ce jour là le passage du Livre de l’Exode où Moïse intercède en faveur des Hébreux auprès de Dieu25. Comme lors de tous les jours de jeûne, des prières spécifiques sont ajoutées à l’office, notamment des poèmes liturgiques implorant le pardon divin nommés selihot (« pardons »).

Les trois semaines qui suivent le jeûne du 17 Tammouz sont qualifiées d’« [intervalle] entre les détresses » en reprise d’une citation du Livre des Lamentations, puis de « jours de détresse »26. Durant cette période – mais plus couramment à partir du 1er jour du mois d’Av – des rites de deuil sont observés par certaines communautés : les fidèles les plus observants s’interdisent de porter des vêtements neufs, de se rendre au spectacle et d’écouter de la musique, de se raser et de se couper les cheveux, de célébrer des mariages. Certains s’abstiennent également de consommer de la viande et du vin, sauf lors des jours de shabbat.

Maureen Attali

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