Lune rousse 2026, 2027 et 2028 - Date et origine

Dates de la lune rousse

La lunaison de la lune rousse est prévue aux dates suivantes :

La date est mobile. Elle est calculée en fonction de la date de Pâques.

Période

La Lune rousse correspond au premier cycle lunaire complet suivant Pâques. Il débute avec la première nouvelle lune après Pâques et dure environ 29,5 jours.

Certaines années, la lunaison de la lune rousse est concomitante avec les Saints de glace, une période de vague de froid de plusieurs jours particulièrement redoutée des jardiniers.

Ne pas confondre

L’expression « lune rousse » évoque l’état des végétaux le lendemain d’une gelée nocturne. Bourgeons, tiges et feuilles semblent alors « roussis », c’est-à-dire brûlés.

L’expression ne doit pas être confondue avec la « lune rouge » ou « lune de sang », qui désignent la lune au cours d’une éclipse lunaire totale.

Origine

La survenue de gelées tardives en avril et mai provoque des dégâts irréversibles sur la végétation en pleine croissance. Depuis toujours, jardiniers et agriculteurs étudient attentivement les conditions dans lesquelles se produisent ces gelées tardives pour tenter d’épargner leurs plantations. D’après leurs constatations, les nuits sans nuages sont les plus à risque…

Selon les croyances populaires, la Lune est en cause. Sa lumière exercerait une action sur les jeunes pousses et, suivant les conditions climatiques, les ferait « roussir ». Les jardiniers notent qu’après une nuit dégagée, les végétaux sont en souffrance, ce qui n’est pas le cas lorsque le ciel est couvert. La déduction est limpide : la lumière lunaire frappe directement les végétaux et les brûle. Lorsque le ciel est chargé, les nuages, tel un rempart, arrêtent les rayons. La fautive semble toute trouvée…

Une question énigmatique

L’influence de la Lune rousse intrigue jusque dans les plus hautes sphères. Selon les propos rapportés par l’astronome et physicien François Arago, le roi Louis XVIII aurait demandé aux membres du Bureau des Longitudes1 — l’instance chargée de publier les annuaires astronomiques — la nature de la lune rousse et « son mode d’action sur les récoltes »2. L’astronome Pierre-Simon de Laplace n’aurait su quoi répondre à cette question d’ordre météorologique et non astronomique3.

François Arago met en place une procédure pour mesurer empiriquement l’effet de la lune. Pour ce faire, il dispose des lentilles convergentes dirigées vers des plantes fragiles. Il réalise ses expériences lors des nuits de ciel dégagé, considérées comme les plus à risque. Ses conclusions sont sans appel : aucune plante ne roussit en période tempérée. Les jours de froid en revanche, elles sont frappées par le gel. Arago prouve ainsi que les rayons de la lune ne sont pas en cause, mais bien la température4.

Le sol met parfois du temps à se réchauffer au printemps, ce qui favorise les épisodes de gel tardifs.
Le sol met parfois du temps à se réchauffer au printemps, ce qui favorise les épisodes de gel tardifs. Conall / CC-BY 2.0

Différence de température en jeu

La nuit, les végétaux peuvent atteindre une température différente de celle de l’air ambiant. Un thermomètre positionné à côté d’une plante n’indique pas systématiquement la température réelle subie par la plante. Elle peut geler alors que le thermomètre à proximité enregistre une température positive.

« Personne, avant M. Wells5, n’avait imaginé que les corps, à la surface de la terre […] pussent acquérir la nuit une température différente de celle de l’atmosphère dont ils sont entourés. Ce fait est aujourd’hui bien constaté. SI l’on place en plein air de petites masses de coton, d’édredon, etc., on trouve souvent que leur température est de 6, 7, et même 8 degrés centigrades au-dessus de la température de l’atmosphère ambiante. Les végétaux sont dans le même cas. Il ne faut donc pas juger du froid qu’une plante a éprouvé la nuit par les seules indications d’un thermomètre suspendu dans l’atmosphère. »6
François Arago (1826)

L’équilibre des températures entre le sol et la haute atmosphère entre en ligne de compte. La terre et la végétation se refroidissent plus vite que l’air ambiant. Un phénomène qui s’accentue plus le ciel est clair. Lorsque le ciel est dégagé, la chaleur emmagasinée par le sol au cours de la journée rayonne et se diffuse rapidement dans l’atmosphère. Les températures chutent brutalement et la différence de température entre le jour et la nuit crée un choc thermique qui détruit les cellules des végétaux. A contrario, la présence de nuages forme un écran de protection réduisant cet effet de rayonnement. La terre refroidit moins vite et le choc thermique est évité. Bien évidemment, si la température ambiante est de 0°, une plante gèlera même une nuit de ciel couvert.

Protection des végétaux

Afin de limiter les effets de la lune rousse, les jardiniers ont pour habitude de couvrir les plantations d’un voile. Voulant démontrer les méfaits de la lune rousse, cette protection confirme le fait que c’est la restitution de la chaleur du sol dans l’atmosphère qui cause le gel des végétaux. Lorsque cette restitution est contrôlée, les plantations souffrent moins du gel.

Lent réchauffement printanier

Si la Lune rousse fait suite à un hiver rigoureux, la terre mettra plus de temps à se réchauffer au printemps. À cette période, la température diurne est encore faible et le réchauffement du sol peu intense. La nuit, le sol dégage plus de rayonnement qu’il n’en a emmagasiné dans la journée. Une journée fraîche associée à une nuit dégagée donne lieu à du gel, indépendamment du fait que la nuit soit visible ou non. Il est donc courant, à une période où les températures remontent doucement, d’être confrontés à des épisodes de gel tardifs compte tenu des conditions atmosphériques7.

Constat de François Arago

À l’issue de ses investigations, François Arago arrive à la conclusion suivante :

Portrait de François Arago.
Portrait de François Arago. Public domain

« [La lune rousse] commence en avril et finit en mai, c’est-à-dire, à une saison de l’année où la température n’est souvent que de 4, 5 ou 6 degrés au-dessus de zéro. Or, l’on sait que les plantes perdent la nuit, par voie de rayonnement, une partie du calorique [de la chaleur, NDLR] qu’elles ont reçu pendant le jour, et l’expérience prouve que cette déperdition peut aller jusqu’à 7 ou 8 degrés, lorsque le temps est serein, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas de nuages pour neutraliser ce rayonnement : car les nuages rayonnent de leur côté vers la terre, et font en outre l’office d’écrans qui arrêtent le calorique et l’empêchent de s’échapper vers les hautes régions de l’atmosphère.

La température des plantes, qui n’était que de 4 ou 5 degrés pendant le jour, pourra donc tomber ainsi, par l’effet du rayonnement, à plusieurs degrés au-dessous de zéro, et alors ces plantes se gèleront. Mais comme ce grand rayonnement n’aura lieu que lorsque le ciel sera découvert, et par conséquent lorsqu’on verra la lune, on attribuera à l’influence de cet astre ce qui n’est qu’un effet régulier des variations de la température. Et comme si tout devait concourir à entretenir cette erreur, on s’y confirmera par le succès des précautions qu’on aura cru prendre contre la lune, et qu’on aura prises réellement contre les effets du rayonnement. Ainsi, les jardiniers, pour garantir, dans les cas dont nous parlons, les tendres bourgeons des rayons de la lune rousse, les couvrent de paille ou d’autres matières, qui, formant écran, empêchent, comme tout à l’heure les nuages, le rayonnement de s’opérer, et préservent ainsi les plantes de la gelée. »8

Expressions associées

Jardiniers et cultivateurs se méfient de la lune rousse. Dans la tradition populaire, plusieurs dictons traduisent cette inquiétude.

« Au commencement ou à la fin, la Lune rousse a du poison et venin. »
« Gelée de la lune rousse, de la plante brûle la pousse » [autre version rencontrée : « Gelée de la lune rousse, de la plante grille la pousse. »]
« Lune rousse sur la semence aura toujours mauvaise influence. »
« Quand la Lune rousse est passée, on ne craint plus la gelée. »
« La lune rousse donne tout ou bien elle ôte tout. »
« Ne tiens pas l’hiver pour achevé tant que d’avril la lune n’a pas disparu. »
« Lune d’avril, ne passe pas sans gelées. »

Lire aussi les Saints de glace.

Références

  1. Selon Arago, Laplace aurait répondu au roi : « Sire, la lune rousse n’occupe aucune place dans les théories astronomiques : nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de Votre Majesté. » Pour résoudre cette énigme, Arago serait allé s’enquérir de l’effet de la lune rousse auprès des jardiniers.

  2. Lucien Baillaud, « La Lune et la nature vivante », In : Revue des sciences naturelles d’Auvergne, volume 67 fascicule 1-4, 2003, pp. 13-28.

  3. François Arago, « Astronomie populaire : œuvre posthume. Tome 3. Chapitre 32 : Lune rousse », nouvelle édition mise au courant des progrès de la science par M. J.-A. Barral

  4. Georges Bonnefoy, « Les gelées blanches et la lune rousse », L’Ami du cultivateur, 12 avril 1908

  5. William Charles Wells (1757-1817), auteur de « Essay on dew » (Essai sur la rosée).

  6. Propos de François Arago, cités par Lucien Baillaud, « La Lune et la nature vivante », In : Revue des sciences naturelles d’Auvergne, volume 67 fascicule 1-4, 2003, pp. 13-28.

  7. « Les traditions de la Lune rousse et des saints de glace, et la science », Le Quercy à Paris, 15 juin 1913

  8. « Leçons d’astronomie professées à l’Observatoire royal par M. Arago », 4e édition, vol. 1, Ed. Just Rouvier, Paris, 1845. Lire aussi Colette Le Lay, « Arago et la »lune rousse« des jardiniers », Bibnum, Sciences humaines et sociales, mis en ligne le 1er janvier 2015

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