Saints de glace

Dates des Saints de glace

Les Saints de glace sont prévus aux dates suivantes :

La date est fixe.

Les « saints de glace » est une expression mnémotechnique désignant une période climatologique de la première quinzaine de mai et prenant pour repère le calendrier des saints chrétiens. Elle correspond aux dates de fête de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais.

Lors de la mise en vigueur du calendrier général de l’Église romaine de 19601, d’autres saints ont remplacé saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais pour les dates en question. De nos jours, sainte Estelle (11 mai), saint Achille (12 mai) et sainte Rolande (13 mai) sont mentionnés dans les almanachs2.

Variantes possibles

Les saints de glace sont parfois évoqués au nombre de quatre ou cinq. Dans ce cas s’y adjoignent saint Boniface (14 mai) et sainte Sophie (15 mai).

La période des saints de glace est associée dans la croyance populaire à un risque de gelée tardive pour les récoltes et sert de repère temporel aux jardiniers pour le repiquage des plants en pleine terre. Elle s’adapte aux différences de climat et s’étend de la saint Georges (23 avril) à la saint Urbain (25 mai).

Origines et signification

La période dite des « saints de glace » a pour origine l’observation ancestrale des conditions météorologiques à des fins agraires. Située dans la première moitié du mois de mai, elle dépend dans le calendrier agricole de la phase de semaison (ou semée)3. Pendant cette période, les aléas climatiques pouvant mettre en péril les récoltes sont particulièrement scrutés et redoutés, notamment le gel qui endommage les tissus des végétaux pendant leur croissance4.

Un phénomène récurrent de brusque refroidissement nocturne des températures, étalé sur plusieurs jours début mai, a été constaté en Europe, suscitant une crainte pour les récoltes. Adossé au calendrier religieux en usage et aux saints fêtés pendant la période concernée, il a donné naissance à la fin du Moyen Âge à des saints météorologistes5 réunis sous l’appellation « saints de glace ». Ce trio se compose de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais.

Seul saint Mamert, à l’initiative de processions pour éloigner les catastrophes naturelles et demander la protection des cultures, a un lien direct avec la question météorologique et le calendrier agricole.

Saint Mamert et les rogations
Évêque de Vienne (Dauphiné) au Ve siècle, saint Mamert est resté dans les mémoires pour avoir sauvé à deux reprises la ville menacée par le feu grâce à ses prières6.

L’instauration des rogations7, inspirées des fêtes agraires romaines (robigalia, ambarvales), lui est attribuée. Pendant les trois jours précédant l’Ascension, des prières publiques et processions sont assurées afin de solliciter la protection divine pour les semences, récoltes et travaux des champs et éloigner le mal. À l’occasion de ce rituel, le pasteur et la communauté villageoise parcourent les campagnes au son des clochettes, guidés par la croix. Ils respectent un itinéraire traditionnel « reliant les quatre points cardinaux du terroir, dessinant un tracé symbolique de défense contre d’éventuels dangers »8. La procession est ponctuée d’arrêts fréquents dans des chapelles et auprès de croix, ornés de bouquets et d’offrandes.

Une bénédiction des champs est souvent réalisée pendant les rogations.
Une bénédiction des champs est souvent réalisée pendant les rogations. Ray Trevena / CC BY-SA 2.0

En ville, la foule défile aux côtés d’un dragon (confectionné en osier ou ornant une bannière ou un étendard) symbolisant les dangers qui planent sur la cité.

La pratique des rogations se répand rapidement au début du VIe siècle et son usage est étendu à toute la Gaule à partir du concile d’Orléans en 511. Rome l’adopte sous l’impulsion du pape Léon III (795-816). De nos jours, les rogations n’ont plus de place fixe dans le calendrier9.

Adaptations locales

« La croyance populaire fait coïncider les nuits de plus fortes gelées avec certains saints du calendrier (…). Mais il est évident que ces dates ne peuvent être qu’approximatives et varient avec la latitude, les années, le climat. »10
Georges Bonnefoy (L'Ami du cultivateur)

La période des saints de glace fluctue en fonction des régions.

En Allemagne, ils sont désignés comme les trois hommes de glace (« Eismänner »11 ). Le surnom « Weindiebe » (les voleurs de vin) leur est aussi attribué dans la région près de Naumburg.

En République tchèque, ils sont tous trois nommés les hommes de glace (« Ledovi muzi » 12) ou rois de glace. Le surnom « Pan Serboni » (Monsieur Serboni), composé des premières syllabes de chaque saint, est aussi usité en République tchèque et Slovaquie.

Aux Pays-Bas, les saints de glace sont nommés "IJsheiligen". Saint Pancrace, saint Servais et saint Boniface sont ici représentés.
Aux Pays-Bas, les saints de glace sont nommés "IJsheiligen". Saint Pancrace, saint Servais et saint Boniface sont ici représentés. Rijksmuseum / CC0

Glissement des dates dans le calendrier grégorien
Lors de l’entrée en vigueur du calendrier grégorien en 1582, dix jours calendaires ont été supprimés dans le cadre de la réforme. Les dates de fête n’ont pas été modifiées, et chaque saint de glace a conservé le jour numérique qui lui avait été attribué dans le calendrier julien14. Un décalage s’est donc opéré entre la date originelle d’observation du risque de refroidissement (ancien calendrier) et son repère (le saint associé) dans le nouveau calendrier en usage. Comme le rappelle l’abbé Moreux, féru d’astronomie et de météorologie, « à l’époque où se forma le dicton, les fêtes des trois saints arrivaient beaucoup plus tard ; la réforme grégorienne les a avancées. »15

Lorsque les Suisses connaissent un refroidissement notable les 11, 12 et 13 mai, ils évoquent la présence des « mauvais chevaliers » dans la montagne16.

Les cavaliers

Les régions plus méridionales convoquent les « cavaliers du froid » ou « saints cavaliers ». Parfois désignés comme les « saints geleurs »17, ils interviennent plus tôt dans la saison et s’échelonnent de fin avril à début mai.

Date Saint Autres noms
23 avril Georges Jorget, Jourget
24 avril Gaston
25 avril Marc Marquet
28 avril Vital
29 avril Robert
30 avril Eutrope Tropet, Troupet
1er mai Philippe Philippet
3 mai Croix Crozet, Crouset
6 mai Jean-Porte-latine Joanet, Janet

Dans le Nord de l’Italie, les paysans désignent cette période comme « l’hiver des cavaliers »18.

Dictons météorologiques

De nombreux dictons19 associés à une forme de sagesse paysanne évoquent nommément les saints de glace. Issus des notes d’observateurs de l’Antiquité20, ils ont été adaptés et recopiés par les moines copistes durant le haut Moyen Âge. Leur large diffusion a été assurée jusqu’au XVIe siècle grâce aux almanachs très appréciés dans le monde agricole.

« Les saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent de la glace. »
« Les Saints Servais, Pancrace et Mamert : à eux trois, un petit hiver. »
« Saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, sans froid ces saints de glace ne vont jamais. »
« Saint Mamert, saint Servais, et saint Pancrace sont toujours de vrais saints de glace. »
« Méfiez-vous de saint Mamert, de saint Pancrace et saint Servais, car ils amènent un temps frais et vous auriez regret amer. »
« Au printemps ramènent l’hiver, Pancrace, Servais et Mamert. »
« Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée. »
« Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace. »

Illustration des saints de glace sur une boîte d'allumettes.
Illustration des saints de glace sur une boîte d'allumettes. Ebay (C)Norphilu

L’évocation de saint Yves (19 mai) et saint Urbain (25 mai), patron des vignerons, rappelle l’amplitude de la période concernée :

« Mamert, Pancrace, Boniface sont les trois saints de glace, mais Saint Yves leur remet le nez. »
« Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main. »
« Quand la Saint-Urbain est passée, le vigneron est rassuré. »

Les cavaliers du froid ne sont pas oubliés :

« Gelées de Saint-Georges, Saint-Marc, Saint-Robert, récoltes à l’envers. »
« Entre Saint-Georges et Saint-Marc, est un jour d’hiver en retard. »
« Jourget, Marquet, Troupet, Crouset sont les quatre cavaliers, et même, parfois, Janet. »
« Marquet, Georget, Philippet, Croiset, tous Saints dont il faut se méfier. »

Les dictons météorologiques s’inscrivent dans une recherche de régularité et d’ordonnancement et donnent le sens au temps21.

Symétrie avec la Saint-Martin
La météorologie populaire associe la période des saints de glace avec la Saint-Martin (11 novembre). Dans l’hémisphère Nord, la première est perçue comme une résurgence de l’hiver en été (« À la mi-mai, queue d’hiver », affirme un dicton), la seconde comme une résurgence de l’été en hiver22. Cette période de redoux inespérée avant l’entrée dans l’hiver est nommée « l’été de la Saint-Martin » et, outre-Atlantique, « l’été indien » (« Indian summer »).

Le météorologiste Charles Joseph de Sainte-Claire Deville inscrit les saints de glace au sein d’un ensemble de quatre perturbations atmosphériques annuelles, à intervalles réguliers de trois mois (autour du 12 février, du 12 mai, du 12 août et du 12 novembre)23.

Quelle réalité scientifique ?

Le dicton météorologique se situe à la croisée d’une observation minutieuse de l’environnement, d’une tradition savante et de croyances magico-religieuses24. L’influence des saints fait l’objet tantôt de croyances, de superstitions ou de moqueries.

Les orangers de Frédéric II de Prusse

Portrait de Frédéric II de Prusse.
Portrait de Frédéric II de Prusse. After Heinrich Franke / Public domain

Au printemps 1780, Frédéric II de Prusse décide, contre l’avis de son jardinier, de faire sortir ses orangers de leur abri hivernal avant le passage des saints de glace. Mais le gel tardif les détruit.

« Au premier abord on est tenté de partager, à l’égard du froid du mois de mai, le scepticisme que conserva toujours le grand Frédéric, malgré l’expérience qui vint brutalement donner tort à ses railleries. On connaît les circonstances de la mystification qu’il éprouva dans la matinée du 1er mai 1780. Le vieux Fritz (…) se promenait sur les terrasses du palais de Sans-Souci. L’air était tiède, le soleil chaud, les bourgeons des arbres s’épanouissaient de tous côtés, et les corolles des fleurs printanières s’échappaient à l’envi de leurs calices. Le roi s’étonnait que les orangers fussent encore renfermés : il appela son jardinier, et lui ordonna de faire sortir ces arbres pour les disposer sur les terrasses et le long des allées. « Mais, Sire, lui objecta le jardinier, vous ne craignez donc point les trois saints de glace, saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais ? » Le roi philosophe se mit à rire et intima l’ordre de tirer immédiatement les orangers de leur habitation d’hiver, où ils languissaient privés d’air et de lumière. Jusqu’au 10 mai tout alla bien ; mais le jour de saint Mamert le froid survint ; le lendemain, jour de saint Pancrace, la température baissa davantage, et il gela fortement dans la nuit qui précéda la fête de saint Servais. Les orangers furent gravement endommagés. Le roi, il est vrai, ne pouvant expliquer physiquement le phénomène, prétexta un hasard extraordinaire pour ne point adopter l’influence frigorifique des trois saints. »25

Donnant raison à la réputation des saints26 et au savoir ancestral acquis par les jardiniers, la mésaventure de Frédéric II de Prusse marque les esprits et est érigée au rang de leçon.

« Frédéric avait tort, car les préjugés du vulgaire renferment presque toujours quelques parcelles de vérité, et certaines opinions populaires sont des vérités tout entières mal comprises et surtout mal expliquées. » 27
Henri Villain (La Science pittoresque)

Elle est aussi battue en brèche…

« Cette “mythologie” naïve de nos agriculteurs a l’admirable avantage, au contraire de la science revêche, de se plier à l’interprétation de tous les résultats. Si les gelées arrivent, le proverbe a raison ;  si les gelées n’arrivent pas, c’est que les saints, nous prenant en pitié, ont épargné pour cette fois nos précieuses récoltes… » 28
Mikhael Suni (Le Petit Champenois)

S’il atteste de la survenue d’un événement, le dicton météorologique n’assure pas de la pérennité dudit événement. La véracité du phénomène climatologique des saints de glace a occupé nombre d’amateurs de météorologie29 et de scientifiques30. Elle n’a pas été scientifiquement démontrée.

Références

  1. « Calendarium breviarii et missalis romani », in Acta Apostolicae Sedis, vol. LII, 30 janvier 1960, p. 690

  2. « Mais d’où viennent les prénoms de vos calendriers ? », par Aude Le Gentil, Le Journal du dimanche, mis en ligne le 21 mars 2021, modifié le 5 septembre 2023

  3. Martin de la Soudière et Corinne Legoy, « Brouillard en novembre, l’hiver sera tendre », Modes pratiques, 3 | 2018, mis en ligne le 18 septembre 2023

  4. Jana Skvareninova et al., « The effect of climate change on spring frosts and flowering of Crataegus laevigata — The indicator of the validity of the weather lore about ‘The Ice Saints » , Ecological Indicators, 145, 2022

  5. Paula Delsol, « De la pluie et du beau temps », Paris, Ed. Mercure de France, 1988, 176 p.

  6. François Giry, « Vies des Saints », tome 2, Paris, Montauban, 1864

  7. Étymologiquement, le terme est dérivé du latin « rogatio » (la prière, la demande). « Rogation », Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition. Pour plus de détails, lire Béatrice Couture, « Autour des Rogations : création, pratiques et communautés (Ve-VIe siècles) », mémoire en vue de l’obtention du grade maître ès arts en histoire, Université de Montréal, 2023

  8. Jean-Luc Bonniol, « Marie-France Gueusquin, Le mois des dragons », In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 37ᵉ année, N. 3, 1982. pp. 504-506

  9. « Le retour des rogations ? » par Frère Dominique-Marie Dauzet, in Église catholique en France (édité par la Conférence des évêques de France), mis en ligne le 18 mai 2020

  10. « Les gelées blanches et la lune rousse » par Georges Bonnefoy, L’Ami du cultivateur, du 12 avril 1908

  11. Charles Swainson, « A Handbook of weather folklore : Being a collection of proverbial sayings in various languages relating to the weather, with explanatory and illustrative notes », W. Blackwood and sons, Edinburgh and London, 1873, p. 314

  12. Jos Koldeweij, « Woordspelingen en spreekwoorden verbonden met de verering van de heilige Servatius, en Servaas als ijsheilige » [Jeux de mots et proverbes liés à la vénération de Saint Servais et à Servatius en tant que saint des glaces], In Volkskunde, 81, 1980, pp. 169-182

  13. De nos jours, sainte Sophie est fêtée le 25 mai.

  14. Baillaud Lucien, « La Lune et la nature vivant », In : Revue des sciences naturelles d'Auvergne, volume 67 fascicule 1-4, 2003. pp. 13-28.

  15. Propos de l’abbé Moreux cités dans « Le Petit Champenois » du 13 mai 1927

  16. Société historique, littéraire, artistique et scientifique du département du Cher, « Mémoires de la société historique, littéraire et scientifique du Cher », 4e série, 13e volume, Bourges-Paris, Ed. J. David, Just-Bernard, Dumoulin, 1898

  17. Au XVIe siècle, Rabelais évoquait les « saints grêleurs, geleurs et guasteurs du bourgeon », in Georges Massot, « Proverbes et dictons d’Ardèche et savoir populaire », tome 1, Ed. Lavilledieu, 1983

  18. Charles Swainson, op. cit

  19. Les proverbes basés sur les relations entre les variables climatiques et les différents stades de développement d’une plante (phénophases) sont appelés proverbes phénologiques.

  20. Hésiode, Théophraste, Ovide, Virgile, Hippocrate, Aratos et Aristote, in Martin de la Soudière et Corinne Legoy, op. cit., et Paula Delsol, op. cit. Lire aussi Jouanna Jacques, « Subir et penser le climat : essai de comparaison entre Hésiode et Hippocrate ». In : Vie et climat d’Hésiode à Montesquieu. Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2018. pp. 1-28. (Cahiers de la Villa Kérylos, 29)

  21. « En décembre, fais du bois et endors-toi », par Anne-Sophie Novel, Le Monde, mis en ligne le 29 novembre 2017

  22. Josserand Marcel, « Deux légendes sans fondement : l'été de la Saint Martin et les saints de glace », In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 44ᵉ année, n° 6, juin 1975. pp. 27-31.

  23. « Les saints de glace », Le Roussillon du 12 mai 1874

  24. Anne-Sophie Novel, op. cit

  25. « Sur le froid périodique du mois de mai », par Barral, Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique, du 1er janvier 1851

  26. « Les saint de glace », La Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Nîmes, du 13 mai 1906

  27. « Bulletin scientifique », par Henri Villain, La Science Pittoresque, du 8 mai 1861

  28. « À travers la science : les Saints de glace, les Saints de pluie et les Saints de beau temps », par Mikhael Suni, Le Petit Champenois, du 14 mai 1898

  29. Camille Flammarion, particulièrement actif sur cette question, a tenu plus de 20 ans un tableau synoptique des températures de chaque jour de l’année (maxima, minima et moyenne).

  30. « À travers la science : les Saints de glace, les Saints de pluie et les Saints de beau temps », par Mikhael Suni, Le Petit Champenois, du 14 mai 1898 ; « Les traditions de la lune rousse et des saints de glace et la science », par H. de V., Le Quercy à Paris, du 29 juin 1913 ; « À propos des »saints de glace” », Communication technique par M. C. Limb, École centrale, décembre 1929, n° 252

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