Date et origine de Pessa'h

Assiette de Pessah
Assiette de Pessa'h (Edsel Little / CC-by-sa)

Dates de Pessa'h

Pessa'h (ou Pessahh) est prévu aux dates suivantes :

  • du samedi 31 mars au samedi 7 avril 2018
  • du samedi 20 avril au samedi 27 avril 2019
  • du jeudi 9 avril au jeudi 16 avril 2020

Pessah (la Pâque en hébreu), débute le 14ème jour du mois de Nissan et se poursuit sept jours durant en Israël et huit en Diaspora.

Pessah, une ancienne fête de pèlerinage devenue célébration domestique.

Aussi écrit : Pessa’h ou Pessach

La fête de Pessah, célébrée du 14 au 21 ou 22 Nissan – en mars ou en avril du calendrier grégorien – conjugue deux fêtes bibliques, Pessah à proprement parler et la fête des Azymes.

Commémoration de la sortie d’Egypte telle qu’elle est rapportée dans la Bible, cette fête se manifeste par l’interdiction de consommer tout aliment qui intègrerait dans sa composition de la farine levée. Elle comprenait dans l’Antiquité l’offrande d’un sacrifice par chaque famille au temple de Jérusalem.

Désormais, le rituel est centré autour d’un repas ritualisé nommé seder et dont la fonction est de rappeler l’origine de la fête.

Un mémorial de la sortie d’Égypte

Le Pessah du 14 Nissan

L’origine de Pessah est pour la première fois rapportée dans le livre de l’Exode et se situe dans le contexte de la captivité des Hébreux en Égypte. Afin d’amener Pharaon à les libérer, Dieu inflige une série de dix plaies aux Egyptiens. C’est dans le cadre de la dernière de ces plaies, la mort des premiers-nés, que Dieu donne à son peuple les instructions suivantes :

Exode 12,1-24 : « Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron dans le pays d’Egypte : "Ce mois sera pour vous le premier des mois, c’est lui que vous mettrez au commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : Le dix de ce mois, que l’on prenne une bête par famille, une bête par maison. Si la maison est trop peu nombreuse pour une bête, on la prendra avec le voisin le plus proche de la maison, selon le nombre des personnes. Vous choisirez la bête d’après ce que chacun peut manger. Vous aurez une bête sans défaut, mâle, âgée d’un an. Vous la prendrez parmi les agneaux ou les chevreaux. Vous la garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois. Toute l’assemblée de la communauté d’Israël l’égorgera au crépuscule. On prendra du sang ; on en mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on la mangera. On mangera la chair cette nuit-là. On la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. N’en mangez rien cru ou cuit à l’eau, mais seulement rôti au feu, avec la tête, les pattes et les abats. Vous n’en aurez rien laissé le matin ; ce qui resterait le matin, brûlez-le. Mangez-la ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous la mangerez à la hâte. C’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Egypte cette nuit-là. Je frapperai tout premier-né au pays d’Egypte, de l’homme au bétail. Et je ferai justice de tous les dieux d’Egypte. C’est moi le Seigneur. Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous, et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d’Egypte. Ce jour-là vous servira de mémorial. Vous ferez ce pèlerinage pour fêter le Seigneur. D’âge en âge – loi immuable – vous le fêterez."»

La fête de Pessah est donc initialement définie comme la commémoration annuelle d’un rite de protection caractérisé par le sacrifice d’un agneau ou d’un chevreau et sa consommation dans un cadre familial.

Distribution de pains azymes et de harossets aux enfants, illustré dans la Haggada dorée
À droite, Myriam (soeur de Moïse) et des jeunes filles se préparent. À gauche, le maître de maison supervise la distribution de pains azymes et de harossets aux enfants.
Extrait de la Haggada dorée (ou Haggada de Barcelone), ouvrage de 1320 env. (British Library, MS. 27210, fol. 15 recto)
Public Domain / British Library
Nettoyage du levain dans la maison et préparation des moutons pour la Pessah, illustré dans le Golden Haggada
À droite, la famille s'active pour évacuer toute trace de levaind ans la maison. À gauche, on égorge et on prépare les agneaux, tandis que les ustensils de cuisson sont purifiés au chaudron.
Extrait de la Haggada dorée, ouvrage de 1320 env. (British Library, MS. 27210, fol. 15 recto)
Public Domain / British Library

Les sept jours des Azymes (« Hag Hamatzot »)

Toujours d’après l’Exode, la mort des premiers-nés convainquit Pharaon de libérer les Hébreux. Ceux-ci, sous la direction de Moïse et de son frère Aaron, quittent précipitamment l’Egypte et emportent avec eux leur pain qui n’avait pas eu le temps de lever1. C’est l’origine de la fête des Azymes, laquelle commémore des événements conformes aux prescriptions divines :

Exode 12,15-20 : « Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous ferez disparaître le levain de vos maisons. Et quiconque mangera du pain fermenté du premier jour au septième jour, celui-là sera retranché d’Israël. Au premier jour, vous aurez une réunion sacrée. Au septième jour, il en sera de même. Ces jours-là, on ne fera aucun travail, mais on pourra seulement faire le repas de chacun de vous. Vous observerez la fête des pains sans levain car, en ce jour précis, j’ai fait sortir vos armées du pays d’Egypte. Vous observerez ce jour d’âge en âge – loi immuable. Au premier mois, le quatorzième jour du mois, vous mangerez des pains sans levain jusqu’au vingt et unième jour du mois, au soir. Pendant sept jours, on ne trouvera pas de levain dans vos maisons. Et quiconque mangera du pain fermenté – émigré ou indigène du pays – celui-là sera retranché de la communauté d’Israël. Vous ne mangerez aucune pâte fermentée. Où que vous habitiez, vous mangerez des pains sans levain. »

Les ordonnances divines concernant le sacrifice de Pessah et l’observance des Azymes sont réitérées à de nombreuses dans la Torah2 et insérées dans chacun des exposés des commandements de Dieu à son peuple3. A l’origine considérées comme deux fêtes distinctes, Pessah et les Azymes sont progressivement associées pour constituer une unique fête de 8 jours.

La mort des premiers-nés en Égypte sur la droite, puis le départ précipité des juifs, illustré dans la Haggada dorée
La mort des premiers-nés en Égypte sur la droite, puis le départ précipité des juifs.
Extrait de la Haggada dorée, ouvrage de 1320 env. (British Library, MS. 27210, fol. 14 verso)
Public Domain / British Library

Du sacrifice antique au seder rabbinique

Le sacrifice au temple de Jérusalem

Bien que Pessah ait été institué en Egypte et que les Hébreux l’aient observé pendant leur errance dans le désert, elle est définie dans les textes de la Torah comme une fête de pèlerinage : après l’entrée en Terre promise, le sacrifice ne peut plus avoir lieu qu’au temple de Jérusalem4.

Les textes bibliques détaillent les modalités de son accomplissement : d’après les livres de la Torah, le sacrifice doit avoir lieu « entre les deux soirs » ou « au coucher du soleil »5, une formulation diversement interprétée6 . L’agneau ou le chevreau sacrifié doit être intégralement consommés, avec du pain azyme et des herbes amères, dans la nuit du 14 au 15 Nissan7 ; les éventuels restes de viande devront être brûlés. En plus des sacrifices individuels du 14 Nissan, des sacrifices publics spécifiques étaient également offerts pendant chacun des 7 jours des Azymes8.

Le Talmud fournit de nombreuses informations pratiques sur le déroulement du sacrifice au Temple et la célébration de Pessah à Jérusalem. Cet événement mobilisait toute la ville pendant plusieurs jours avec l’arrivée de pèlerins parfois venus de loin pour l’occasion9. L’écrivain juif Flavius Josèphe, qui vécut à la fin du Ier siècle de notre ère, décrit des foules immenses rassemblées en ville à cette occasion10, se logeant chez l’habitant ou dans des tentes11. Pour que tous les sacrifices puissent être accomplis à temps, ceux-ci commençaient le 14 à la mi-journée12, ce qui contraignait les fidèles à cesser le travail dès ce moment voir même plus tôt s’ils devaient faire un long trajet13.

De plus, suivant une disposition prévue par la Torah, les fidèles qui n’auraient pas été en mesure d’offrir leur sacrifice à la date du 14 Nissan peuvent le faire lors du « petit Pessah », qui a lieu un mois plus tard, le 14 Iyyar14.

La célébration de Pessah en Diaspora dans l’Antiquité

A partir de la fin du VIe siècle avant notre ère, de nombreux juifs vivaient très éloignés de Jérusalem. La majorité ne s’y sont jamais rendus ou une seule fois au cours de leur existence. On débat donc de la manière dont ces communautés célébraient la fête à l’époque où le temple de Jérusalem était en activité15 : un écrivain juif du début du Ier siècle de notre ère, Philon, rapporte que dans sa ville d’Alexandrie, la fête s’apparentait à un festin centré sur la consommation d’un animal entier et accompagné de prières et d’hymnes16. C’est également l’impression que donne la lecture critique des sources rabbiniques, d’après laquelle de nombreuses communautés fêtaient Pessah en mangeant de la viande rôtie ou bouillie17.

L’institution du seder rabbinique

Avec la destruction définitive du temple de Jérusalem en 70 de notre ère, peut-être suivie de l’expulsion des juifs de la ville à partir de 13518, les sacrifices de Pessah ne purent plus être offerts conformément aux prescriptions bibliques, puisque celles-ci imposent Jérusalem comme unique lieu de sacrifice juif19. Par peur de voir des fidèles contrevenir à cette loi, la majorité des rabbins préconisèrent d’introduire dans le rite des décalages à propos du type de viande consommé, de son mode de cuisson ou encore de sa date de consommation. Le premier soir de Pessah, on pouvait ainsi manger un veau rôti ou toute viande bouillie ; quant aux traditionnels agneaux et chevreaux prescrit par la Torah, ils devaient désormais être consommés en dehors du premier soir de Pessah20.

Parallèlement, les rabbins élaborent un nouveau rite pour remplacer le sacrifice pascal : il s’agit du seder (en hébreu, « ordre »), un banquet familial ritualisé élaboré sur le modèle du symposium antique. Son déroulement est pour la première fois détaillé dans le traité Pesahim de la Mishna21 : les participants au seder mangent accoudés, consomment du pain azyme et des herbes amères trempées dans une pâte de fruits (harosset) ainsi que quatre coupes de vin. En application des prescriptions de la Torah, un enfant y interroge le chef de la famille sur l’origine de la fête22 ; la réponse comporte des passages obligés sur l’origine du sacrifice et sa signification à partir d’un commentaire d’extraits de la Torah.

Formalisé dès 200 de notre ère, le rite du seder, qu’on s’accorde désormais à considérer comme une innovation rabbinique23, ne s’est imposé que progressivement dans la totalité des communautés juives ; il parait être observé universellement au début du Moyen Âge24.

Table du seder où le maître de maison place une corbeille de pain azyme sur la tête d'un des enfants, illustré dans la Haggada de Barcelone
Table du seder où le maître de maison place une corbeille de pain azyme sur la tête d'un des enfants.
Extrait de la Haggada de Barcelone, ouvrage de 1340 env. (British Library, Add. Ms. 14761, fol. 28 verso)
© British Library

La célébration de Pessah de nos jours

La durée et le statut des jours de Pessah ne sont pas les mêmes en Israël que dans le reste du monde. En effet, conformément aux prescriptions bibliques, seuls le 15 et le 21 Nissan, originellement les premier et dernier jours de la fête des Azymes, sont fériés. Cependant, dans l’Antiquité tardive est apparu le principe du redoublement des jours de fête majeurs en Diaspora25, lequel s’est maintenu jusqu’à nos jours : en dehors d’Israël, les communautés juives accomplissent le seder deux soirs de suite, le 14 et le 15, et la fête s’achève non pas le 21 mais le 22 Nissan.

Les préparatifs de Pessah peuvent commencer un mois avant la célébration de cette fête, dès Pourim et surtout dès le 1er Nissan : on étudie les lois de Pessah et on collecte des aumônes pour que les nécessiteux puissent se procurer la nourriture spécifique nécessaire à l’observance de la fête, notamment le pain azyme (matzot). On procède également au nettoyage afin de faire disparaitre de son domicile toute trace de hametz, c’est-à-dire de céréales – blé, orge, avoine, épeautre, seigle – fermentées dont la consommation est interdite pendant la fête. C’est pourquoi on utilise également une vaisselle spécifique – qui n’a jamais été en contact avec du hametz – ou bien on « cashérise » sa vaisselle habituelle en suivant un procédé précis.

Depuis le VIIIe siècle, le déroulement du seder, élaboré à partir de la description de la Mishna, est consigné dans un ouvrage nommé haggada26 (« récit ») qui détaille le rituel à suivre et compile tous les textes religieux lus ou chantés à cette occasion. Il s’agit essentiellement d’extraits de la Bible, des grandes compilations rabbiniques ainsi que des chants traditionnels composés au fil des époques. On lit donc à l’occasion du seder l’intégralité de la haggada, dont le contenu varie légèrement selon les communautés. Les aliments utilisés lors du rituel - 3 matzot entières, un os en souvenir du sacrifice, un œuf, des herbes amères (laitue romaine, raifort), un légume vert (en général du céleri) et l’harosset – sont déposés sur un plat ouvragé spécialement réservé à cet usage.

Plat de seder
Plat de seder
judaharigross / CC-by-nc-sa
Pain azyme (matzot), mis à revenir
Pain azyme (matzot), mis à revenir
Patsy / CC-by-nc
Plat de harosset (herbes amères trempées dans une pâte de fruits)
Plat de harosset (herbes amères trempées dans une pâte de fruits)
Patsy / CC-by-nc

Vous pouvez consulter la haggada dorée, daté de 1320 env., sur le site de British Library ici ou ici (scan complet). Également accessible en partie, la haggada de Rylands.

Maureen Attali

Autres photos de Pessa'h

Matzot maison à la cannelle et sucré
Matzot maison à la cannelle et sucré
lonbinder / CC-by-nc-nd
Bol de harosset
Bol de harosset
wiredwitch / CC-by

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