Date et origine de Tisha Beav

Veillée au pied du mur occidental
Veillée au pied du mur occidental (andydr / CC-by)

Dates de Tisha Beav

Tisha Beav est prévu aux dates suivantes :

  • dimanche 22 et lundi 23 juillet 2018
    À Paris, début le samedi à 21h44 et fin le dimanche à 22h30.
  • dimanche 11 et lundi 12 août 2019
    À Paris, début le samedi à 21h16 et fin le dimanche à 21h57.
  • jeudi 30 et vendredi 31 juillet 2020
    À Paris, début le mercredi à 21h33 et fin le jeudi à 22h17.

Tichah Be-Av qui signifie littéralement le 9 du mois de Av (juillet-août) est un jour de jeûne1 et de deuil qui commémore plusieurs évènements tragiques de l’histoire du peuple juif.

Tisha beav, (« Le 9ème jour du mois d’Av »), un jeûne en mémoire des calamités

Le jeûne du 5e mois du calendrier juif – qui tombe en juillet ou en août du calendrier grégorien – est mentionné pour la première fois dans le Livre de Zacharie, un texte de la Bible hébraïque, dans un passage composé à la fin du VIe siècle av. notre ère. Sa signification originelle – une commémoration de la première destruction du temple de Jérusalem – n’a cessé d’être approfondie par l’addition de la mémoire d’autres événements catastrophiques. Marqué par de nombreux rites d’affliction, c’est le jour le plus triste de l’année pour les juifs.

L’anniversaire de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens

En 587/6 av. notre ère, le roi Nabuchodonosor II conquiert le royaume de Juda et déporte ses élites à Babylone. 50 ans plus tard, le souverain perse Cyrus défait les Babyloniens : il autorise alors les juifs qui le souhaitent à retourner s’installer dans l’ancien territoire du royaume de Juda, devenu une province de l’empire perse, et permet la reconstruction du temple de Jérusalem1. C’est dans ce contexte que, comme le rapporte le Livre de Zacharie, en 518 av. J.-C2., une délégation est envoyée à Jérusalem pour interroger les prêtres et les prophètes sur une question de pratique rituelle :

Livre de Zacharie 7,3 : « Dois-je pleurer au cinquième mois en m’imposant des privations, comme je l’ai fait depuis tant d’années » 3?

La réponse du prophète Zacharie nous apprend que ce jour de tristesse se caractérise par un jeûne qui, au moment où lui est posée la question, était en vigueur depuis 70 ans, soit depuis l’an 588 environ4. La comparaison de ce passage avec les récits des événements de la conquête babylonienne du royaume de Juda tels qu’ils apparaissent dans deux autres textes de la Bible hébraïque, le Deuxième livre des Rois ainsi que dans le Livre de Jérémie nous permet de déterminer quel est l’objet de la commémoration en question : il s’agit du siège de Jérusalem par les Babyloniens et plus précisément de l’incendie de la ville, du palais et du Temple qui, survenu au mois d’Av de l’an 587 ou 586, sonne la fin du royaume de Juda5. Sur la date précise de la destruction du premier Temple, on observe des variantes : le rédacteur du Deuxième livre des Rois le situe le septième jour du mois mais le Livre de Jérémie le dixième jour du mois6.

Deuxième livre des Rois 25,8-11 : « Le cinquième mois, le sept du mois, dans la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor, roi de Babylone, Nebouzaradân, chef de la garde personnelle, serviteur du roi de Babylone, arriva à Jérusalem. Il brûla la Maison du Seigneur et la maison du roi ainsi que toutes les maisons de Jérusalem : il mit le feu à toutes les maisons des hauts personnages. Toutes les troupes chaldéennes qui accompagnaient le chef de la garde personnelle démolirent la muraille qui entourait Jérusalem. Nebouzaradân, chef de la garde personnelle, déporta le reste du peuple qui demeurait encore dans la ville et les déserteurs qui s’étaient ralliés au roi de Babylone, ainsi que le reste de la population. »

Livre de Jérémie 52, 12- 15 : « Le cinquième mois, le dix du mois, la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor roi de Babylone, Nebouzaradân chef de la garde personnelle, de l’entourage immédiat du roi de Babylone, arriva à Jérusalem. Il mit le feu au temple et au palais ainsi qu’à toutes les maisons de Jérusalem, du moins à celles des personnes haut placées. Quant aux murailles de Jérusalem, elles furent renversées sur tout le pourtour par les troupes chaldéennes, sous le commandement du chef de la garde personnelle. Les bourgeois qui restaient encore dans la ville, les déserteurs qui s’étaient rendus au roi de Babylone et le reste des artisans, Nebouzaradân, chef de la garde personnelle, les déporta ».

Il semble donc qu’à l’époque perse, la date précise du jeûne du mois d’Av n’était pas fixée.

L’oracle du prophète : une réponse ambigüe sur la pertinence de l’observance de la commémoration

A une époque où le Temple était en passe d’être restauré – il sera achevé deux ans plus tard7 – fallait-il donc considérer que le jeûne était devenu caduque ? Ou bien le rite devait-il être maintenu dans une fonction de mémorial ? La réponse donnée par l’entremise de Zacharie n’est pas définitive et porte sur l’adéquation entre la foi et les pratiques, l’un des thèmes principaux des livres prophétiques :

Livre de Zacharie 7,4-5 : « Alors la parole du Seigneur de l’univers me fut adressée en ces termes : « "Dis à tout le peuple du pays et aux prêtres : Quand vous avez jeûné, avec des lamentations, au cinquième et au septième mois et cela depuis soixante-dix ans, ce jeûne, l’avez-vous pratiqué pour moi ?" »

Si le peuple éprouve le besoin d’expier ses péchés et ceux de ses ancêtres qui ont attirés la colère du Seigneur, rien ne les empêche de continuer à observer un jeûne commémoratif en témoignage de sa puissance. Le prophète, considéré comme rapporteur de la parole divine, apparaît donc comme le garant de légitimité de cette pratique.

Ainsi, à l’époque perse et tant qu’il y eut un temple à Jérusalem, l’observance de ce jeûne pouvait constituer une marque de piété pour certains fidèles mais n’était pas obligatoire. Il n’est d’ailleurs plus mentionné dans les sources antiques pendant 700 ans. Le principe des jeûnes commémoratifs facultatifs figure également dans le Talmud, certains rabbins considérant que leur pertinence doit être appréciée en lien avec la situation dans laquelle se trouvent les communautés juives8.

Un jeûne devenu progressivement obligatoire après la destruction du second Temple

Compilée vers 200 de notre ère, la Mishna9 fixe la date du jeûne au 9e jour du mois d’Av et signale un changement de son statut et de sa signification :

Mishna Taanit 4,6 : « Cinq calamités sont survenues pour nos ancêtres le 9e jour du mois d’Av. Le 9e jour du mois d’Av, il a été décrété que nos Pères n’entreraient pas en Terre promise, le Temple a été détruit pour la première et la seconde fois, Bétar a été prise et la ville [de Jérusalem] a été labourée. »

En plus de la destruction du Temple par les Babyloniens, la Mishna assigne donc à cette même journée la mémoire de quatre autres « calamités ». Trois d’entre elles sont des événements historiques du Ier et IIe siècles de notre ère. La deuxième destruction du Temple – qui s’avérera définitive – fut le fait du général romain et futur empereur Titus en 70 de notre ère10. Le labourage de la ville de Jérusalem fait référence à sa transformation en colonie romaine sous l’empereur Hadrien, un événement que l’on place en 130 ou 13111. La capture de la ville de Bétar en 13512 consacra l’échec de la deuxième révolte des juifs de Judée contre les Romains et entraina peut-être une interdiction de résidence des juifs à Jérusalem13, renommée Aelia Capitolina. Le décret interdisant l’entrée en Terre promise fait quant à lui référence à un épisode de la Torah, où châtiment divin est infligé aux Hébreux sortis d’Égypte pour avoir douté de la puissance divine ; ils devront errer 40 ans dans le désert et tous trouver la mort avant que leurs enfants ne puissent entrer au pays de Canaan14.

La date du jeûne est définitivement fixée au 9e jour du mois au motif que l’incendie qui détruisit le premier Temple débuta le 9 et se poursuivit le lendemain15 ; si la majorité des rabbins retiennent le début de l’événement comme date de la commémoration, certains avaient l’habitude de jeûner également le 10e jour du mois en mémoire de cet événement16.

Bien que sa signification ait été démultipliée, ce jeûne n’a pas été universellement considéré comme obligatoire17 dès la destruction du second Temple, mais les sources indiquent que sa pratique se diffusa considérablement dans l’Antiquité tardive. Le 9 Ab acquit également une dimension messianique, en conformité avec l’oracle de Zacharie annonçant qu’après la venue du Messie, les jours de jeûne commémoratif seront transformés en jours de réjouissances18.

L’accumulation des mémoires de calamités depuis le Moyen Age

A partir du Moyen Age, le jeûne s’est enrichi de la mémoire de toute une série d’événements historiques successifs ayant eu de graves conséquences pour de nombreuses communautés juives et réputés avoir également eu lieu le 9 Av : l’appel à la première croisade (1095)19, l’autodafé du Talmud à Paris (1242)20, les expulsions successives des juifs d’Angleterre (1290), de France (1306) et d’Espagne (1492), le déclenchement de la Première guerre mondiale (1914) ou encore le début des déportations au ghetto de Varsovie (1942).

Des rites largement similaires à ceux de Yom Kippour

Déjà dans le Livre de Zacharie, le jeûne du 5e mois est associé à diverses manifestations d’affliction, lesquelles sont précisément codifiées dans le Talmud : le fidèle doit s’abstenir de manger, de boire, de s’oindre, de porter des chaussures en cuir, de se laver, de se couper les cheveux et d’avoir des relations sexuelles21 ; certaines autorités y ajoutaient d’autres contraintes comme l’obligation de dormir par terre mais celles-ci n’ont pas été retenues par l’interprétation majoritaire. De plus, le jeûne de Tisha beav est un jeûne complet, au sens où il commence la veille à la tombée de la nuit et dure 25 heures22. Toutes ces caractéristiques conduisent à assimiler l’observance de ce jeûne à celle de Yom Kippour, à une exception près : si le 9 Ab tombe un jour de sabbat, alors le jeûne est décalé au lendemain23.

Dans l’Antiquité tardive, les juifs vivant à proximité de Jérusalem se rendaient à cette date en pèlerinage sur les ruines du Temple : ils portaient des vêtements déchirés, les cheveux dénoués, se couvraient de poussière et se lamentaient24.

En outre, le Talmud encourage la lecture des livres bibliques tristes, notamment de ceux qui traitent justement de la disparition du royaume de Juda : le Livre de Jérémie, le Livre des Lamentations auquel on associe le Livre de Job25. Depuis, on y a rajouté la lecture des commentaires rabbiniques correspondants, notamment le Midrash Rabbah sur Lamentations. De plus, dès la fin de l’Antiquité, des poèmes liturgiques spécifiques méditant sur les calamités survenues lors de ce jour, nommés Qinot (« élégies ») ont été composés pour être récités à l’occasion du jeûne26. Dans certaines communautés, le Livre des Lamentations a conservé son statut de Megillah et est lu sur un support en forme Rouleau à l’antique27 . Dans beaucoup de synagogues, la Torah est dépouillée de ses ornements et l’éclairage diminué.

La tendance à l’anticipation des marques d’affliction

La Mishna précise que dès le début du mois d’Av, on devait se livrer à des manifestations de tristesse en préparation à la commémoration du 9e jour28. Les rabbins du Talmud débattent longuement de la signification exacte de cette prescription, notamment concernant les restrictions alimentaires, qui semblent avoir été progressivement atténuées. En effet, alors que certains rabbins prescrivaient de se contenter d’une nourriture très sobre, pour ne pas dire symbolique, lors du dernier repas – nommé seouda mafseket – voire lors de tous les repas de la veille du jeûne, cette pratique ne parait pas s’être imposée29. A l’inverse, les sources signalent que le déjeuner du 8 était dans certaines communautés l’occasion d’un repas copieux30.

L’accumulation de commémorations de calamités à la date du 9 Av à partir du Moyen Age a fait réapparaitre ces pratiques d’ascétisme : beaucoup se contentent désormais de pain sec et d’un œuf dur pour la seouda mafseket et cessent de consommer de la viande dès premier jour du mois. Certaines manifestations d’affliction débutent trois semaines avant Tisha beav, à la date du 17 Tammouz, à laquelle est observé un autre jeûne commémoratif : la période séparant ces deux dates est nommée « intervalle entre les défilés (bīn ha-meçārīm) ».

Maureen Attali

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