Date et origine de Roch Hachana

Repas de Roch Hachana
Repas de Roch Hachana (yanec / CC-by-nd)

Dates de Roch Hachana

Rosh Hashana (ou Roch Ha-Chanah) est prévu aux dates suivantes :

  • lundi 10 et mardi 11 septembre 2018
    À Paris, début le dimanche à 19h59 et fin le mardi à 21h01.
  • lundi 30 septembre et mardi 1er octobre 2019
    À Paris, début le dimanche à 19h17 et fin le mardi à 20h18.
  • samedi 19 et dimanche 20 septembre 2020
    À Paris, début le vendredi à 19h38 et fin le dimanche à 20h40.

Roch Ha-Chanah dure deux jours et est célébré le 1er et le 2 du mois de Tichri dans le calendrier hébreu.

Roch Hachana, Jour de l’an et Jour du jugement

Aussi écrit : Rosh Hashanah ou Rosh Hashana

Roch Hachana, littéralement « début de l’année », ouvre le cycle des 5 fêtes célébrées au mois de Tichri (septembre-octobre) et est observée le 1er jour de ce mois. La fête trouve son origine dans la Torah1, mais n’a pas toujours marqué le Jour de l’an. Cette signification s’est imposée progressivement au cours de l’Antiquité, en même temps que son association avec le Jugement divin.

Dans la Torah, une fête de la clameur à la signification mystérieuse.

La première mention du 1er Tichri se trouve dans Lévitique, intégrée dans un calendrier où l’année commençait au mois de Nissan, au printemps. Suivant ce décompte, Tichri était le septième mois de l’année. Le jour de la nouvelle lune, qui marque le premier jour du mois dans le calendrier hébraïque, apparaît dans la liste des fêtes à célébrer par les Israélites :

Lévitique 23,23-24 : « Le Seigneur adressa la parole à Moïse : "Parle aux fils d’Israël : Le septième mois, le premier du mois, c’est pour vous un repos, la commémoration par l’acclamation avec réunion sacrée" ».

Pour autant, la signification de la fête n’est pas explicite. Celle-ci est définie comme un sabbaton, c’est-à-dire un jour où les activités profanes sont suspendues. Il en outre question d’un mémorial mais les événements à commémorer ne sont pas précisés. Ce n’est que dans l’Antiquité tardive que des rabbins y verront un « mémorial du commencement » en souvenir du premier jour de la Création2.

La « clameur » ou l’ « acclamation » (en hébreu teruah) parait constituer l’élément central de la définition originelle de la fête puisque, contrairement à la dimension commémorative, il est repris dans le second passage de la Torah qui ordonne l’observance de la fête.

Nombres 29,1 : « Le septième mois, le premier du mois, vous aurez une réunion sacrée. Vous ne ferez aucun travail pénible. Ce sera pour vous un jour d’acclamation ».

L’expression « Jour d’acclamation » est donc le plus ancien nom attesté de la fête. En quoi consistait donc cette « acclamation », également mentionnée parmi les modalités d’observance de la fête de Kippour ?3 Le mot teruah est employé dans la Torah et dans le reste de la Bible dans différents contextes : il désigne un son produit par un instrument à vent nommé chatsotserah, en général traduit par « clairon » ou « trompette » et utilisé comme signal4, notamment lors des batailles comme dans l’épisode de la prise de Jéricho5. Le même terme est aussi employé pour évoquer les cris poussés par une foule, qu’il s’agisse des soldats au combat6 ou, à l’inverse, des manifestations de joie en présence de Dieu ou du roi7. On en déduit donc que la fête était à l’origine marquée par des manifestations bruyantes, associant vraisemblablement les cris aux instruments à vent. C’est pourquoi, au tournant de notre ère, les communautés juives d’expression grecque lui donnent le nom de « fête des Trompes »8. Par ailleurs, la pratique consistant à signaler une fête par une sonnerie n’était pas réservée qu’à Roch Hachana et à Kippour puisqu’au temple de Jérusalem, le sabbat était également annoncé de cette façon9.

La date du 1er Tichri semble avoir gagné en importance après le retour à Jérusalem des juifs exilés à Babylone. En effet, d’après les livres bibliques correspondants, c’est ce jour-là que reprit le sacrifice quotidien à Jérusalem en 539 avant notre ère, après 50 ans d’interruption10 ; c’est également à cette date qu’est placée la lecture publique de la Loi par le scribe Esdras11.

Le nouvel an d’automne

Dans la Bible, la formule Roch Hachana, qui signifie « début de l’année », n’est employée qu’une seule fois et sans lien avec la fête12. C’est seulement dans la Mishna, un recueil rabbinique composé vers 200 de notre ère, qu’elle est pour la première fois explicitement associée à la date du 1er Tichri dans les sources juives. Pour autant, il ne s’agit pas d’un nouvel an unique mais d’un marqueur calendaire spécifique pour le décompte des années civiles ainsi que pour certaines prescriptions à caractère agricole.

Mishna Roch Hachana 1,1 : « Il y a quatre jours de l’an [...] : Le 1er Tichri est le nouvel an pour le décompte des années, pour les années sabbatiques et années jubilaires, pour les plantations et pour les légumes. »

En effet, dans l’Antiquité, plusieurs types de décompte des années pouvaient cohabiter. Certains exégètes postulent que le nouvel an était originellement fixé en automne dans les royaumes de Juda et/ou d’Israël13 jusqu’à ce que l’influence assyrienne et babylonienne ne conduise à lui préférer un nouvel an printanier14 tout en conservant la possibilité de point de départ multiples15. Quoi qu’il en soit, c’est à l’époque hellénistique et romaine que le 1er Tichri est explicitement associé dans les sources juives à un début d’année. Au début du Ier siècle, Philon d’Alexandrie précise que la « fête des Trompes », qu’il connait aussi sous le nom de « Hiéroménie », a lieu au commencement de l’année16. A la fin du siècle, l’écrivain Flavius Josèphe signale qu’il existe chez les juifs deux calendriers distincts, le calendrier cultuel établi par Moïse, qui débute au mois de Nissan, ainsi qu’un  « ancien ordre » toujours en vigueur pour les affaires séculières et qui débute en automne17. Cette évolution de la signification du 1er Tichri est consommée dans l’Antiquité tardive puisque, selon les rabbins, en l’absence de précisions, Roch Hachana désigne par défaut le seul le 1er Tichri18.

De la signification guerrière au Jour du jugement.

Privilégiée dans les livres prophétiques, la connotation guerrière du terme teruah prend une signification additionnelle dans le livre biblique de Sophonie, puisque cette « clameur » marquera le jugement des pécheurs lors du Jour du Seigneur.

Sophonie 1,14.16-17 : « Il est proche, le grand jour du Seigneur,
il est proche, il vient en grande hâte.
On criera amèrement au jour du Seigneur,
le brave lui-même appellera au secours.
Jour de sonneries de cor et de cris de guerre
contre les villes fortes et contre les hautes tours d’angle.
Je jetterai les hommes dans la détresse,
et ils marcheront comme des aveugles,
car ils ont péché contre le Seigneur ».

L’association du 1er Tichri au jugement divin est développée à partir de l’époque hellénistique. Dans le Livre des Antiquités bibliques, dont on place la composition au Ier siècle avant notre ère19, c’est à cette date que les fidèles se présentent devant Dieu qui prend alors connaissance des décès et des naissances. Dans la Mishna, il s’agit du jour où Dieu juge chacun des habitants de la Terre20 :

Mishna Roch Hachana 1,2 : « A quatre reprises dans l’année le monde, est jugé […]. A Roch Hachana, le monde entier défile devant Lui comme du bétail, ainsi qu’il est écrit "Lui qui leur modèle un même cœur, lui qui est attentif à toutes leurs œuvres" »21.

Cette évolution de la signification de la fête est complète dans le Talmud de Babylone22, où le 1er Tichri reçoit la dénomination alternative de « Jour du jugement (yom ha-din) ». D’autres passages bibliques sont invoqués en référence, notamment cet extrait des Psaumes,

Psaumes 81,4-5 : « Sonnez du cor au mois nouveau,
à la pleine lune, pour notre jour de fête.
C’est là pour Israël une loi,
une décision du Dieu de Jacob. »

Selon les rabbins, le mot hébreu mishpat, ici traduit par « loi », prend dans le contexte du Psaume sa signification la plus commune de « jugement »23. C’est pourquoi le1er Tichri marque le début d’une période de 10 jours – nommés Techouva, le « retour » – pendant laquelle Dieu procède au jugement des individus24. Néanmoins, la confiance de fidèles en leur Dieu fait de la fête une occasion de réjouissance :

Talmud de Jérusalem, Roch Hachana 1,3 : « Au Jour du jugement, on porte des vêtements blancs, on se rase, on mange, on boit et on se réjouit dans la certitude que Dieu accomplira des miracles pour Israël ».

L’allongement de la durée de la fête à deux jours

Dans l’Antiquité, le calendrier juif était déterminé de manière empirique : le début du nouveau mois était proclamé suite à l’observation de la nouvelle lune, ce qui pouvait engendrer des approximations. La Mishna rapporte ainsi qu’à l’époque du Temple, il arriva qu’on fit une erreur sur la proclamation du 1er jour du mois de Tichri et donc de Roch Hachana parce que les témoins venant attester de l’apparition de la nouvelle lune étaient arrivés trop tard. Les sages décidèrent alors l’extension de la fête à deux jours au lieu d’un à partir du soir du 29 Elul, une période conçue comme un « long jour (en araméen, yoma arikhta) » afin d’éviter de laisser passer le nouvel an sans le solenniser25.

Cet usage d’une célébration de la fête pendant deux jours au lieu d’un a été conservé après la fixation définitive du calendrier26. Il semble en réalité avoir été d’origine babylonienne et ne serait imposé en Palestine qu’à la fin de l’Antiquité voire au début du Moyen Age.

A la synagogue, la sonnerie de la corne du bélier

Définie dès l’origine comme une fête chômée, Roch Hachana était marquée par des sacrifices au temple de Jérusalem27. Dès l’époque de la compilation de la Mishna, son rite principal est déduit de sa définition biblique comme « Jour » ou « mémorial de la clameur ». En effet, les rabbins se sont appuyés d’une part sur les passages bibliques où teruah faisait allusion au son d’un instrument et, d’autre part, sur ceux où le même mot, désignant un cri de guerre, était évoqué en même temps que le son produit en soufflant dans une corne28. C’est ainsi que le fait pour l’officiant de souffler dans une corne nommée chofar – la plupart du temps une corne de bélier – est devenu le principal rite de la fête29.

Au cours du temps, ce rite a été paré de multiples significations30. Les modalités de son accomplissement sont longuement débattues et détaillées dans le traité du Talmud consacré à la fête. En effet, les passages bibliques correspondants font allusion à plusieurs types de sons tirés de la corne : une longue sonnerie s’achevant brutalement, une série de trois sonneries brèves et une succession de 9 sonneries saccadées. L’usage s’est imposé de combiner ces 3 types en un cycle de 30 sons successifs, lequel est répété trois fois pendant l’office avec souvent 10 sons additionnels portant le total à 100. Le moment de la sonnerie du cor est l’un des plus solennels de toute la liturgie synagogale.

Les différentes sonneries sont encadrées par la récitation de versets bibliques portant sur la royauté divine et la Rédemption. L’office de Roch Hachana intègre également des prières de supplications ainsi que la lecture de passages de la Bible en lien avec la fête en plus d’extraits de la Genèse et du Premier Livre de Samuel.

Le seder de Roch Hachana

On a coutume de manger un morceau de pain et de pomme trempés dans du miel pour symboliser les vœux de bonheur que l’on formule pour l’année à venir. La nourriture consommée lors des repas de fête a une forte signification symbolique qui varie avec les communautés.

Dans beaucoup d’entre elles s’est imposée la coutume, inaugurée par les Kabbalistes31, d’un véritable seder de Roch Hachana, élaborée sur le modèle de celui de Pessah, comprenant, en plus de la pomme et du miel, une tête d’animal – en général de poisson – un fruit nouveau, de la grenade, ainsi que des aliments dont le nom est censé faire allusion à la prospérité, lesquels varient selon les traditions et les langues.

Le Tashlikh, symbole du rejet des péchés

A l’époque moderne est apparue la coutume de se rendre, l’après-midi de la fête, à un point d’eau courante pour y jeter symboliquement ses péchés32. Ce rite a été élaboré à partir de l’exégèse d’un verset du Livre de Michée, un prophète biblique :

Michée 7,19 : « De nouveau, il nous manifestera sa miséricorde,
il piétinera nos péchés.
Tu jetteras (en hébreu, tashlikh) toutes leurs fautes
au fond de la mer. »

Certains fidèles récitent donc ce passage accompagné d’autres textes pénitentiels au bord du point d’eau, parfois en vidant leurs poches.

Maureen Attali

Photos de Roch Hachana

Quelques photos pour illustrer le Roch Hachana.

Souffleur de shofar au mur des lamentations
Souffleur de shofar au mur des lamentationsGovernment Press Office (GPO) / CC-by-sa
Coran et fruits pour Roch Hachana
Tanakh et fruits pour Roch Hachanaralokz / CC-by-sa

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