Influence de la lune sur le sommeil

La Lune a-t-elle une influence sur le sommeil ?

Selon les croyances populaires, la nouvelle lune et la pleine lune auraient un effet antagoniste sur le sommeil, qui, rappelons-le, représente environ un tiers de notre temps de vie. La première, sombre et invisible dans le ciel, serait propice à un sommeil profond et de qualité. Cela s’expliquerait par la plus grande obscurité, davantage favorable à la production de mélatonine. A contrario, la pleine lune, intense et lumineuse, limiterait la production de l’hormone du sommeil. Conséquences : un endormissement plus long, un sommeil plus léger, perturbé et raccourci.

Superstition astrologique

Selon les adeptes de l’astrologie, il serait particulièrement fréquent d’avoir un sommeil perturbé au cours de la pleine lune du mois d’avril. Pour eux, cette nuit est symbolique, car la lune rose est rattachée à la renaissance, une phase de transformation et d’épanouissement.

L'intensité lumineuse

La pleine lune fournit un éclairement typique compris entre 0,05 à 0,2 lux (0,3 lux dans des conditions exceptionnelles). Or, ce taux est infime par rapport aux intensités lumineuses (variables selon les individus) auxquelles on constate une suppression mesurable de la mélatonine chez l’adulte (entre quelques dizaines et plusieurs centaines de lux). Son intensité lumineuse est donc, à elle seule, insuffisante pour expliquer un retard d’endormissement important.

Une insomnie (représentation du XIVe siècle).
Une insomnie (représentation du XIVe siècle). Public domain

La théorie du cycle lunaire

Parmi les diverses études menées sur le lien entre la Lune et le sommeil1, celle publiée en 2013 par le chronobiologiste Christian Cajochen2 (rattaché à l’université de Bâle en Suisse) a fait grand bruit. Cette étude, dont les données avaient initialement été collectées pour une autre raison, cherchait à démontrer que la Lune interférait sur la qualité du sommeil. Dans leurs conclusions, les chercheurs tendaient à confirmer le ressenti empirique largement partagé d’un effet lunaire ; toutefois, la communauté scientifique a souligné les faiblesses de l’étude3. Des études ultérieures comprenant des échantillons plus larges, portant sur un nombre de nuitées consécutives plus élevées et collectant aussi des données d’électroencéphalographie (EEG) du sommeil n’ont pas permis de répliquer les résultats annoncés4, invalidant l’hypothèse initiale d’un effet lunaire.

L’étude suisse de 2013

Il s’agit d’une analyse post hoc5, réalisée à partir de données collectées lors d’une précédente étude sur les effets du vieillissement sur le sommeil, portant sur 33 sujets, âgés de 20 à 74 ans, pendant 64 nuits de sommeil. Les sujets dormaient dans un environnement contrôlé, privé de lumière naturelle. Au cours de l’expérience, les chercheurs ont enregistré pour chacun l’activité électrique du cerveau (grâce à l’électroencéphalographie) et la sécrétion de deux hormones : la mélatonine (nécessaire à l’endormissement) et le cortisol (« l’hormone du stress », qui connaît un pic le matin et favorise le réveil). Les données brutes ont été réévaluées ultérieurement avec un nouvel objectif : déterminer si les cycles lunaires ont une influence sur le sommeil.

Leur analyse a permis de mettre en évidence plusieurs éléments. Au moment de la pleine lune — la période comprend les quatre jours précédant ou suivant la pleine lune —, les sujets mettaient en moyenne 5 minutes de plus pour s’endormir ; à l’échelle de la nuit complète, ils dormaient 20 minutes de moins et la durée du sommeil profond — c’est-à-dire la phase la plus réparatrice — était réduite de 30 %. Le taux de mélatonine était plus faible et sa sécrétion plus tardive. De plus, les participants évaluaient les nuitées en question comme étant de moindre qualité. Les chercheurs en ont déduit que le cycle lunaire semblait avoir une influence sur le sommeil humain, même en l’absence de lumière lunaire directe et sans que l’individu connaisse la phase lunaire en cours. Ces résultats laissaient penser qu’il existe une horloge biologique interne (en plus du rythme circadien), synchronisée sur le rythme circalunaire (d’une durée de 28-29 jours). Cela n'a pas été démontré par des études ultérieures.

En l’état actuel des connaissances, aucune étude scientifique ne démontre formellement un lien entre les phases de la lune et la qualité du sommeil. Par ailleurs, aucune hausse des crises de somnambulisme en période de pleine lune n’a été prouvée.

D’où vient ce ressenti ?

Projet de publicité des éditions Paul Martial (Paris)(circa 1930).
Projet de publicité des éditions Paul Martial (Paris)(circa 1930). CD Galerie (Ebay)

Diverses pistes expliquant pourquoi cette croyance persiste sont avancées. La plus grande luminosité lors de la pleine lune encouragerait à poursuivre les activités plus tard dans la journée, retardant ainsi l’heure du coucher et de la sécrétion de mélatonine.

Par ailleurs, l’anticipation anxieuse de la pleine lune peut générer à elle seule une perturbation du sommeil (prophétie autoréalisatrice).

Enfin, votre mémoire vous joue aussi des tours. Si vous avez le réflexe de vérifier quel est l’âge de la lune après une mauvaise nuit, vous vous souviendrez plus facilement des nuits agitées coïncidant avec une pleine lune que celles arrivant à un autre moment du cycle lunaire.

Références

  1. Yaël Nazé et Jean-Jacques Ingremeau, « Influence de la Lune : une histoire à dormir debout », Association française pour l’information scientifique, publié le 22 mars 2022

  2. Cajochen, C., Altanay‑Erdemir, A., Frey, S., & Wirz‑Justice, A. (2013). Evidence that the lunar cycle influences human sleep. Current Biology, 23(15), R579–R580.

  3. Plusieurs points problématiques ont été soulevés : un faible échantillon de volontaires, une étude réduite dans le temps (aucun cycle lunaire complet n’a été suivi), la non-prise en compte du profil de l’individu (âge et sexe) avant de comparer le sommeil entre deux sujets.

  4. Cordi, M., Ackermann, S., Bes, F. W., Hartmann, F., Konrad, B. N., Genzel, L., Pawlowski, M., Steiger, A., Schulz, H., Rasch, B., & Dresler, M. (2014). Lunar cycle effects on sleep and the file drawer problem. Current Biology, 24 (12), R549–R550.

  5. Une analyse post hoc est une analyse statistique réalisée après la collecte des données. Elle permet de mettre en lumière de nouvelles tendances qui ne constituaient pas l’objectif initial de l’expérimentation.

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