Pêcher avec le calendrier lunaire
Les meilleures heures de pêche correspondent aux moments où les poissons se déplacent à la recherche de nourriture. Si la majorité d’entre eux sont plus actifs à l’aube et au crépuscule, les créneaux à privilégier fluctuent en fonction du cadre (eau douce ou eau salée) et du type de poisson.
D’après les observations de passionnés, les variations de la Lune modifieraient beaucoup l’heure des créneaux les plus propices. La période de la nouvelle lune, à plus ou moins quatre jours, occupe la première place du podium. En eau douce, les deux jours avant et après la pleine lune sont les plus attendus.
Deux grandes pratiques sont utilisées pour identifier les meilleurs moments pour pêcher. Elles prennent en compte :
- la position de la lune par rapport à un point terrestre donné, ce qui permet de calculer son passage au zénith et au nadir (sur le méridien local) ainsi que ses heures de lever et de coucher (quand elle coupe l’horizon) ;
- le mouvement orbital de la lune autour de la Terre, qui définit les phases lunaires (nouvelle lune, premier quartier, pleine lune, dernier quartier) ;
- et, dans une moindre mesure, la rotation de la Terre par rapport au Soleil, à partir de laquelle sont calculées les heures de lever et de coucher du Soleil pour un lieu déterminé.
En fonction de ces données, des périodes sont conseillées à l’échelle du mois (les meilleurs jours) et de la journée (les meilleurs créneaux horaires quotidiens).
Ainsi, l’agenda pour pêcher repose sur le calendrier lunaire auquel se greffent des données journalières : heures de la lune et heures du soleil.
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Avertissement : L’efficacité des pratiques évoquées dans cet article n’a pas été démontrée scientifiquement. Il convient de les considérer comme des indicateurs censés améliorer les probabilités de réaliser une bonne pêche, et non comme une garantie.
Méthode 1 : les tables solunaires
La première pratique emblématique est celle des tables solunaires, élaborées par l’Américain John Alden Knight dans les années 1930. D’après ce système, la position de la Lune amplifierait ou limiterait les périodes d’activité et les mouvements des poissons et gibiers selon les zones. Les tables solunaires calculent et répertorient ces pics d’activité prévisibles en fonction de la localisation du pêcheur.
Quelle méthodologie Knight a-t-il utilisée ?
Passionné de pêche, John Alden Knight1 est l’auteur de l’ouvrage de référence « Moon up, moon down », dont les premiers extraits sont publiés en 1936. Il y retrace le cheminement qui l’a poussé dix ans plus tôt à étudier les diverses variables pouvant jouer sur le succès et la qualité d’une sortie pêche. Sa réflexion s’appuie sur la longue expérience de pêcheurs du Sud pour qui la position de la Lune (au zénith, point le plus haut sur le méridien, et au nadir, point le plus bas)2 constitue le paramètre le plus important. Knight élargit la liste des variables à plus de 30 facteurs pouvant influencer l’activité et le comportement des poissons. À la suite d’un examen méthodique3, il parvient à deux facteurs essentiels : le soleil et la lune, à partir desquels il élabore les tables « solunaires » (c’est-à-dire combinant « soleil + lune »). Pour appuyer sa théorie, Knight observe dans quelles conditions 200 cas individuels de prises record (en nombre de prises et en taille de poissons) ont été réalisés. Dans plus de 90 % de cas4, elles se produisent au moment de la nouvelle lune (« dark moon ») et coïncident avec les périodes solunaires. À leur sortie, les tables solunaires rencontrent un succès immédiat auprès des passionnés de pêche. Elles sont ensuite étendues aux oiseaux et aux mammifères.
Phases majeures et phases mineures
Toute la théorie de Knight repose sur la distinction entre deux périodes : les phases majeures et les phases mineures.
Les phases majeures5 :
Il s’agit de périodes d’alimentation majeures correspondant aux moments où la Lune est au zénith (tout au-dessus au niveau du méridien) ou au nadir (point tout au-dessous) par rapport à la position d’un individu. Deux phases majeures ont lieu chaque jour. Elles seraient particulièrement intenses et dureraient entre deux heures et trois heures.
Les phases mineures :
Il s’agit de périodes d’alimentation mineures se produisant à mi-chemin des phases majeures6 (lorsque la Lune est située à 90 degrés et à 270 degrés). Les phases mineures correspondent astronomiquement aux heures de lever (moonrise) et de coucher de la Lune (moonset), lorsqu’elle passe au niveau de l’horizon. Ces phases seraient d’intensité moyenne et dureraient entre 45 minutes et 1 heure et demie.
En résumé :
Chaque jour contient deux périodes majeures et deux périodes mineures. Leurs horaires ne sont pas constants et changent d’un jour à l’autre.
| Type de phase | Position de la lune | Nombre chaque jour | Horaire quotidien | Fenêtre de pêche (par rapport à la position exacte) | Durée totale maximum |
|---|---|---|---|---|---|
| Majeure | Au zénith ou au nadir | 2 | Mobile | 1 heure avant ; entre 1h-2 h après | 3 h |
| Mineure | Mi-chemin zénith et nadir ou mi-chemin nadir et zénith [heures de lever et de coucher de la Lune] | 2 | Mobile | 45 min avant ; 45 min après | 1h30 |
Soleil et marées
En plus des phases majeures et mineures, Knight intègre à sa réflexion des variables quotidiennes qu’il juge de moindre importance :
- les heures de lever et de coucher du Soleil. Là encore, il s’agit d’une fenêtre temporelle et non d’une heure astronomique précise ;
- les marées. Le mouvement et la concentration des poissons évoluent en fonction des courants (marées hautes et basses) et des zones nourricières7.
Phases lunaires
L’intensité des phases majeures et mineures varie durant le cycle synodique. Lorsque le Soleil et la Lune sont alignés avec la Terre (nouvelle lune et pleine lune), les forces sont décuplées. À ces périodes, les phases d’activité seraient plus longues et plus intenses que les autres jours. Au moment des premier et dernier quartiers, quand la lune est en quadrature, les périodes d’activité seraient les plus courtes et les plus faibles au cours du mois.
Comment lire une table solunaire ?
Les tables solunaires prennent en compte deux temporalités : le mois et la journée. Elles se présentes sous cette forme :
Majeure 1 : 09h29
Majeure 2 : 21h57
Mineure 1 : 00h39
Mineure 2 : 18h03
Lever soleil : 07h29 | coucher : 20h03
Phase de la lune : gibbeuse croissante
Les horaires mentionnés correspondent à l’heure astronomique, mais doivent être considérés comme le point de repère au sein d’une fenêtre horaire. Ils sont parfois indiqués sous forme de créneaux : « Majeure 1 : 08h10 - 10h57 » et non « Majeure 1 : 09h29 ».
En résumé
| Degré d’importance | Facteurs |
|---|---|
| Incontournable | Périodes majeures solunaires (Lune au zénith et au nadir) |
| Important | Périodes mineures (lever et coucher de la Lune) |
| Intéressant | Lever et coucher du Soleil |
| Intéressant | Marées [facteur clé en mer ; en eau douce, concerne uniquement les zones soumises aux marées — ex. estuaires] |
| Rôle d’amplificateur | Phase du mois (au plus fort : nouvelle lune et premier quartier) |
- Il faut toujours privilégier une phase majeure pour pêcher.
- S’il est impossible de s’y rendre en phase majeure, opter pour une phase mineure.
- Entre deux phases identiques, choisir en priorité un jour situé en phase de nouvelle lune.
[Attention : ce conseil ne s’applique pas à toutes les variétés de poisson.]
Lorsqu’un lever ou un coucher de Soleil a lieu à proximité de la période solunaire (entre 30 minutes et 1 heure avant ou après), l’activité des poissons est particulièrement élevée. Si cette période coïncide avec une nouvelle lune ou une pleine lune, la pêche pourrait être exceptionnelle.
Méthode 2 : Les heures de lever et coucher du Soleil et de la Lune
Seconde méthode plébiscitée : le Soleil et la Lune. Les meilleures plages horaires seraient synchronisées avec les heures de lever et de coucher du Soleil. On constaterait de plus un surcroît d’activité animale en fonction de la trajectoire de la Lune (heure du lever et du coucher) et de son cycle synodique, qui modifie la luminosité nocturne. Dans ce cadre, la position lunaire au zénith ou au nadir n’est pas prise en compte.
Chaque jour, quatre plages horaires sont donc à privilégier :
- les périodes solaires, correspondant aux heures de lever et de coucher du Soleil. Elles durent chacune environ 2 heures et débordent avant et après l’heure astronomique mentionnée.
- les périodes lunaires, correspondant aux heures de lever et de coucher de la Lune. L’amplitude horaire est plus courte : environ 1 heure.
Avec cette méthode, deux périodes peuvent se chevaucher.
Là encore, ces créneaux horaires quotidiens se combinent avec le cycle synodique, au sein duquel les phases de nouvelle lune et pleine lune demeurent les plus déterminantes.
Critères à ne pas négliger
Les variations barométriques, de température, la pluie, le vent ou le niveau de l’eau changent drastiquement les conditions de pêche. Les poissons peuvent se réfugier dans les profondeurs et limiter leurs déplacements. Une fenêtre majeure ne compensera pas des conditions météorologiques détériorées.
Certes, la lumière lunaire joue un rôle important : elle éclaire les eaux, facilitant ainsi la chasse pour certains poissons. Mais si les prédateurs en profitent les nuits de pleine lune, ils adaptent leur comportement et privilégient la chasse en journée lors de la nouvelle lune (la luminosité étant alors plus intense en journée que la nuit). Les règles évoquées ne sont pas généralisables, car chaque espèce de poisson est unique.
Enfin, il est conseillé d’adapter ses leurres et ses équipements (phosphorescents au besoin) en fonction de la luminosité.
Références
Féru de nature, John Alden Knight (1893, Montoursville - 1966, Miami) était monteur de mouches, chasseur, naturaliste et expert en lancer. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages liés à la pêche, la chasse ou plus généralement la nature. Il a aussi écrit plus de 500 articles pour des magazines, dont une chronique hebdomadaire pour le « Pennsylvania Angler », diffusée dans 147 journaux à travers les États-Unis. John Knight était aussi connu pour prôner la remise à l’eau des poissons pêchés.
Les pêcheurs évoquent explicitement le « moon overhead » et le « moon underfoot », reformulés « moon up » et « moon down » en titre de l’ouvrage, ce qui peut prêter à confusion.
Son trio final comprenait le soleil, la lune et les marées. Knight écarte rapidement le soleil dont le cycle est trop régulier par rapport aux variations observées. Constatant que les marées sont utiles pour les pêcheurs en mer, il émet l’hypothèse que ce ne sont pas les forces des marées en tant que telles qui comptent, mais les forces gravitationnelles combinées du soleil et de la lune à l’origine du phénomène des marées. Dès lors, il ne conserve plus que le soleil et la lune.
Ces statistiques n’ont aucune validité scientifique.
Cette observation est au cœur du système. Knight la tient de Bob Wall, un compagnon de pêche dont le grand-père était chasseur et pêcheur professionnel en Géorgie du Sud. In John Alden Knight, « Moon up, moon down », Solunar Sales Co., Montoursville, 1972
Knight n’est pas en mesure d’en expliquer de manière incontestable la cause. « Many times I have been asked if I can account for the existence of the »minor« feeding periods that occur midway between the two »major" periods. I am sorry to say that I cannot. […] The fact remains that there they are and that wild life responds to them, often emphatically. The true answer will have to wait until we find out more of the actual cause of the entire activity cycle. Until then, take my word for it and keep them in mind. » Mais il justifie empiriquement sa décision : « The minor periods were placed midway between these major Solunar periods because that is where I had learned, from observation, to expect to find them. »
Selon Knight, cette variable ne correspond pas à un stade de marée précis, car les « bons moments » se produisent simultanément dans des lieux dont le stade de marée n’est pas le même.