Les influences de la Lune

Objet céleste à la fois fixe et mouvant, familier et mystérieux, la lune accompagne les hommes et les fascine. Outre son rôle avéré sur le phénomène des marées1, on lui prête une influence sur d’autres pans de notre quotidien2 : le nombre de naissances, les troubles du sommeil et de l’humeur, le jardinage, la pousse des cheveux ou encore la météo.

Ces croyances, regroupées sous le terme « effet transylvanien », sont aujourd’hui encore largement répandues. De nombreuses recherches ont été menées afin de déterminer l’emprise réelle de la lune3. Si quelques effets existent bien, ils sont bien plus rares et étroits que ne laissent entendre les croyances populaires.

Cet article passe en revue les principaux domaines où l’influence lunaire est invoquée, examine ce que la science en dit réellement, et explore les raisons pour lesquelles ces croyances ont la vie dure.

Domaines abordés :

Les naissances

Il n'existe pas de pic de naissances au moment de la pleine lune.
Il n'existe pas de pic de naissances au moment de la pleine lune. Solen Feyissa / unsplash

L’idée la plus répandue est qu’un pic du nombre de naissances se produirait les soirs de pleine lune. Or, comme le démontrent les études, aucune différence significative du nombre de naissances entre la pleine lune et les autres phases n’est constatée.

D’autres croyances associent l’âge de la lune à la santé du nouveau-né, son sexe, et même celui du prochain bébé.

Selon les amateurs d’astrologie, plus une naissance se situerait près de la nouvelle lune, plus ce serait de bon augure pour l’enfant.

Calculer l'âge de la Lune

L'outil suivant vous indique l'âge de la Lune à une date précise, ainsi que les caractéristiques supposées de l'enfant.

Le cycle menstruel

La proximité de la durée moyenne du cycle menstruel4 (29,3 jours) et celle de la lunaison (cycle synodique, soit 29,5 jours) a de quoi intriguer. Aussi, les chercheurs se sont demandé s’il existait un lien entre les deux.

Une étude de 20215, largement reprise, a cherché à observer une éventuelle synchronisation lunaire du cycle menstruel avec le cycle lunaire. Pour ce faire, les scientifiques ont étudié les dates de début de règles de 22 femmes pendant 5 à 32 ans. Pour un sous-groupe, une coïncidence statistiquement significative entre début des règles et phases lunaires a été mise en lumière6. Dans leurs conclusions, les chercheurs suggèrent ainsi une forte influence lunaire sur les cycles reproducteurs humains7. Plus encore, ils rapportent une baisse du taux de coïncidence entre les deux cycles à partir de 2010, qu’ils imputent à une augmentation de la lumière artificielle. Cette étude démontrerait la preuve qu’un couplage ancestral entre cycle menstruel et cycle lunaire aurait existé, avant d’être perturbé par l’éclairage moderne. Mais des contradicteurs appellent à la vigilance : ils soulignent la taille réduite de l’échantillon (22 femmes), un problème méthodologique ou encore le caractère intermittent et hétérogène des résultats (la synchronisation ne suit pas un schéma fixe : elle est parfois calquée sur la pleine lune, parfois sur la nouvelle lune).

En 2024, des données récoltées au cours d’études européennes et nord-américaines et portant sur plus de 30 000 cycles menstruels chez 3 000 femmes ont été analysées8. Selon leurs observations, il existerait un mécanisme de stabilisation du cycle menstruel en fonction des cycles précédents. Les cycles courts compenseraient les cycles longs (et réciproquement) pour à long terme se stabiliser sur le cycle menstruel typique. Les chercheurs ont aussi constaté que le cycle menstruel et le cycle lunaire étaient synchronisés de manière occasionnelle, mais significative. Fait plus surprenant : chez les Européennes, le cycle débutait le plus souvent en phase croissante tandis que chez les Nord-Américaines, il commençait plus souvent à la pleine lune ! Comme le précisent les chercheurs, les résultats « plaident en faveur d’un système d’horloge interne avec un rythme quasi mensuel, faiblement synchronisé par le cycle lunaire »9. Ils nécessitent d’être approfondis.

Photographie « The girl in the moon » (1923).
Photographie « The girl in the moon » (1923). Copyright 1923 par Ex. Sup. Co. - Library of Congress (No restriction)

Le sommeil

Selon les croyances populaires, la nouvelle lune et la pleine lune exerceraient des effets opposés sur le sommeil. La première favoriserait un sommeil profond et réparateur, en raison d’une obscurité plus propice à la sécrétion de mélatonine. À l’inverse, la pleine lune, plus brillante, freinerait la production de cette hormone du sommeil. Elle entraînerait ainsi un endormissement plus difficile, un sommeil plus léger, plus fragmenté et de plus courte durée.

Or, à ce jour, aucune étude scientifique n’a établi de manière formelle un lien entre les phases de la Lune et la qualité du sommeil.

Humeurs et comportements

La Lune favoriserait l’apparition d’épisodes de démence, de crises d’épilepsie et plus largement de comportements irrationnels. De nombreuses études ont cherché à vérifier l’existence d’un lien causal entre les phases de la lunaison, en particulier la pleine lune, et divers indicateurs susceptibles de traduire une modification des comportements : nombre d’arrestations, d’homicides, d’admissions à l’hôpital, de faits de violence, d’agressions envers les soignants, d’hospitalisations psychiatriques, de suicides ou encore d’appels aux services d’écoute.

Aucun effet de la Lune sur les comportements humains n’a été mis en évidence. Quelle que soit sa phase, les statistiques de criminalité et d’admissions hospitalières demeurent stables. On ne constate ni hausse des crises d’épilepsie, ni augmentation des consultations pour anxiété ou dépression, ni progression des admissions en psychiatrie. De même, l’agitation des personnes hospitalisées ne varie pas en fonction des cycles lunaires.

Si cette idée persiste, c’est notamment parce qu’elle est nourrie par divers mythes, comme celui de la « marée humaine » ou la figure du loup-garou, ainsi que par plusieurs biais psychologiques.

Accidents de la route

Véhicules sur la route pendant la nuit.
Véhicules sur la route pendant la nuit. Yuan Thirdy / unsplash

Le nombre d’accidents de la route varierait au cours du cycle lunaire. Plusieurs études constatent en effet une hausse du nombre d’accidents nocturnes les jours de pleine lune et de nouvelle lune. Mais elles présentent une erreur méthodologique majeure : elles ne prennent pas en compte le jour de la semaine correspondant aux dates du cycle lunaire. Or les jours de week-end sont par nature systématiquement plus accidentogènes que les jours de semaine (sorties plus nombreuses, plus tardives, consommation d’alcool…).

Les motards font exception. Selon une méta-analyse10, on constate 5 % d’accidents mortels en plus en moyenne chez les motards les soirs de pleine lune. Divers facteurs (non confirmés) pourraient expliquer cette hausse : plus forte distraction visuelle, contraste de luminosité plus important, vitesses plus élevées, augmentation du nombre de déplacements…

Autre point de vigilance attesté : le nombre de collisions nocturnes avec des animaux augmente lors des pleines lunes, ces derniers profitant davantage de la lumière lunaire pour se déplacer.

Les animaux

Contrairement à ce que laissent penser les récits collectifs, les loups ne hurlent pas à la lune. Diriger leur appel vers le ciel leur permet simplement d’augmenter le périmètre auquel le reste de la meute entendra leur hurlement. Aucune agressivité supplémentaire chez les chiens ou les reptiles n’a été prouvée non plus.

Mais l’astre a bel et bien un effet sur certains animaux. Selon les chercheurs, la lune agirait sur le nombre d’accouplements chez les rats et les primates, et, du côté maritime, sur le rythme d’ouverture des huîtres ainsi que sur la migration des anguilles vers les Sargasses11. La marée, directement liée à l’influence lunaire, joue sur le comportement reproductif (qu’il s’agisse du dépôt ou de l’éclosion des œufs) chez certains animaux comme le ver Palolo, le grunion, les oursins ou encore le concombre de mer12.

Aucune influence significative sur les vêlages n’a en revanche été constatée13.

Compte tenu de l’intensité lumineuse plus importante, les proies (les rongeurs notamment) se déplacent moins en période de pleine lune, car ils sont plus visibles et donc plus en danger. A contrario, les prédateurs profitent de ce surcroît de luminosité pour se mouvoir. Cervidés et sangliers sont particulièrement actifs, ce qui augmente les risques de collisions.

Le calendrier lunairea dapté à la pêche repose sur l’idée que la Lune influence directement les déplacements et l’activité des poissons.

Le jardinage

Un grand-père et sa petite-fille en train de jardiner.
Un grand-père et sa petite-fille en train de jardiner. OPPO Find X5 Pro / unsplash

La lune serait l’alliée des jardiniers qui respectent son rythme et adaptent leurs activités en conséquence. Lors de la phase croissante, la partie aérienne des végétaux grandirait plus aisément et gagnerait en vigueur. Ce serait le moment privilégié pour semer. Au cours de la phase décroissante, la lune agirait en profondeur, en renforçant le système racinaire.

D’autres variables se sont greffées à cette interprétation ancestrale : la trajectoire lunaire, la position de l’astre dans les constellations du zodiaque et les configurations astronomiques particulières. Cet ensemble a donné naissance au calendrier lunaire (aussi nommé calendrier biodynamique). L’efficacité de cette méthode n’a pas été démontrée.

La pousse des ongles et cheveux

Coiffeur en action.
Coiffeur en action. Josh Marty / unsplash

Selon le même principe que le jardinage, il vaudrait mieux couper ses ongles et ses cheveux en phase croissante (pendant la croissance végétative) pour qu’ils repoussent plus vite et plus fort ; en phase décroissante pour qu’ils repoussent moins vite.

Dans les faits, le moment de la coupe n’a aucun impact sur la vitesse de repousse qui est quasi constante : 3 millimètres par mois pour les ongles des mains et entre 1 et 1,5 centimètre par mois pour les cheveux. La vitesse de pousse dépend essentiellement des facteurs biologiques (état de la matrice unguéale ou du bulbe pileux), du patrimoine génétique de l’individu, de son âge ou de l’hygiène de vie.

Les tissus et matériaux

Selon la tradition populaire, la Lune abîmerait les tissus, en particulier le lin. Elle ferait pâlir les étoffes colorées et ainsi « mangerait » les rideaux qui subissent ses assauts quotidiens. La lumière lunaire blanchirait le linge étendu dehors, surtout lors de la pleine lune14. Ultime recommandation : filer sous la lune donnerait un fil cassant. Aucune de ces allégations n’est avérée.

La Lune est aussi réputée pour ronger les pierres, le marbre, attaquer le verre et les peintures ou encore consumer les toits de chaume. En l'occurrence, la dégradation des pierres des édifices s’explique par les agents atmosphériques (température, humidité, pollution…) et la présence de végétaux parasites et insectes.

Les aliments

Les gourmands doivent rester sur le qui-vive, car la lune abîmerait le vin, les œufs, le poisson et les viandes.

Point intéressant : une viande exposée aux rayons de la Lune se putréfie en effet plus vite qu’une protégée par un couvercle. Mais la Lune n’est pas fautive. C’est l’exposition à l’air, la température et l’humidité qui augmentent la vitesse de putréfaction. L’humidité favorisant la multiplication des bactéries, une viande exposée devient plus humide et, par voie de conséquence, se dégrade plus vite.

La météo

Les éléments météorologiques varieraient en fonction des phases de la lune, de la distance de la Lune à la Terre et de l’heure lunaire. Ainsi les orages seraient plus nombreux autour de la nouvelle lune et du premier quartier qu’autour de la pleine lune et du dernier quartier ; une légère diminution du vent serait observée autour de la pleine lune. Concernant la pluie, les avis ne sont pas tranchés : pour certains, il pleut plus au moment de la nouvelle lune, pour d’autres à la pleine lune, et pour d’autres encore aux quadratures…15

Les années comptant 13 lunes (il n’est pas précisé s’il s’agit de 13 pleines lunes ou 13 nouvelles lunes seraient propices au mauvais temps (inondations, mauvaises récoltes…). Cette configuration est pourtant fréquente (lune bleue, lune noire) et rien ne permet d’attester de la véracité de cette affirmation. De plus, la lune étant la même pour tous, le changement météorologique devrait se faire partout dans le monde le même jour.

La Lune « mange »-t-elle les nuages ?

Croissant de lune dans un ciel bleu nuageux.
Croissant de lune dans un ciel bleu nuageux. Gregory Upper / unsplash

Selon une croyance partagée dans divers pays16, la Lune se nourrirait des nuages. Cette observation est moins saugrenue qu’il n’y paraît. En effet, les cumulus, nuages « de beau temps » et de basse altitude, se développent en fin de journée avant de disparaître au cours de la nuit. Tandis qu’ils se dissipent, la Lune devient de plus en plus visible dans le ciel, laissant croire qu’elle les mange au fur et à mesure.

Effets symboliques (astrologie)

Pour les adeptes d’astrologie, la Lune est la planète maîtresse du signe du Cancer (quatrième signe du zodiaque). Selon eux, elle gouverne symboliquement la croissance et la fertilité.

En astrologie médicale, elle est associée aux organes liés à la nutrition et aux liquides, à savoir :

Calculer votre signe lunaire

La position de la Lune dans le thème astral au moment de la naissance détermine le signe lunaire d’un individu. Il représenterait la nature intuitive et affective profonde et constituerait un point d’entrée dans le monde intérieur de la personne.

Le signe lunaire ne doit pas être confondu avec le signe solaire (ou astrologique) ou l’ascendant.

Lecture scientifique

Pour rappel :

  • Il faut toujours garder à l’esprit qu’une relation entre deux variables ne signifie pas un lien de cause à effet entre elles.
  • Dans la pyramide du niveau de preuve scientifique, une méta-analyse (analyse qui met en perspective de précédentes études) a plus de valeur qu’une étude isolée.
  • Une étude scientifique doit notamment suivre une méthodologie rigoureuse, supporter une analyse statistique poussée et être réplicable (c’est-à-dire aboutir aux mêmes conclusions lorsqu’elle est de nouveau réalisée).

Il importe de comprendre comment les chercheurs enregistrent et traitent les données. Sur quel échantillon porte l’étude et sur combien de temps ? À quoi correspond précisément une pleine lune ou une nouvelle lune (à la journée calendaire exacte ou une période de plus ou moins deux, trois ou quatre jours autour de cette date ?) ? Quel cycle (synodique ou sidéral) est retenu ?

D’autres interrogations émergent : comment scinder un cycle lunaire en quatre portions égales ? Dans le cadre de l’analyse du lien entre effet lunaire et taux de violences par exemple, la date collectée correspond-elle à celle où le crime a été réalisé ou celle à laquelle la victime est décédée ?
D’autres variations entrent en ligne de compte : par exemple, le fait qu’une pleine lune tombe un vendredi ou un samedi soir pourrait à lui seul modifier (et expliquer) le changement de comportement d’un individu par rapport à un soir de semaine (coucher tardif, consommation d’alcool, plus de déplacements en voiture). Un rééquilibrage des données a-t-il été effectué en fonction ? Le rôle du hasard - contre-intuitif, mais réel - a-t-il été intégré ?

Dans la majorité des études scientifiques examinant le lien entre cycle lunaire et comportements humains, les liens statistiques avancés ne sont pas assez significatifs. Plus encore, pour chaque étude montrant prétendument un lien, d’autres études — en plus grand nombre — obtiennent des résultats opposés. À ce titre, il ne faut pas négliger l’effet tiroir (ou biais de publication) : une étude aboutissant à des résultats à contre-courant des autres marque les esprits. Elle est plus facilement mise en avant que celles ne présentant pas de résultats extraordinaires.

Les corrélations trompeuses

Une relation entre deux éléments ne vaut pas lien causal.
Une relation entre deux éléments ne vaut pas lien causal. Luke Jones / unsplash

Le cerveau humain a tendance à repérer des coïncidences et à y voir des liens, car cela facilite la compréhension et la mémorisation. En sciences, on parle de corrélation illusoire lorsqu’on perçoit une relation entre deux éléments alors que les données ne montrent pas de lien réel entre eux. Dans ce type de situation, le cerveau confond simple co‑variation et relation significative. Il faut toujours garder à l’esprit que l’existence d’une relation entre deux éléments (des « variables » dans le cadre d’une étude scientifique) ne signifie pas qu’il existe un lien de cause à effet entre eux. À l’extrême, on pourrait ainsi « montrer », comme s’est amusé à le faire Tyler Vigen, une corrélation entre la popularité prénom Léo et le nombre de sites web sur Internet, ou entre la consommation de yaourt glacé et le taux de crimes avec violence17, sans que ces phénomènes aient la moindre relation causale.

Pourquoi les croyances populaires concernant la Lune persistent-elles ?

Les croyances concernant la lune sont relativement universelles. Elles ont beaucoup gagné en popularité grâce à la diffusion des almanachs, ouvrages de référence qui se trouvaient dans presque chaque foyer. Croire dans les effets de la lune, c’est à la fois valider une forme d’intuition spontanée et un ressenti empirique, issu de notre expérience personnelle.

L’environnement social et culturel alimente aussi ce phénomène. Croire dans les effets de la lune appartient au folklore et fait partie intégrante de multiples traditions. Il serait contre-intuitif d’y être imperméable. Le renforcement communautaire (policiers, infirmiers…) perpétue les mythes lunaires, sans compter les médias, le cinéma ou la littérature.

Les croyances sur l’influence de la Lune reposent sur de nombreux biais cognitifs18. Ils couvrent pléthore de domaines : la perception, la mémoire, le raisonnement, le traitement des informations, la méthodologie, l’interprétation…

Silhouette d’une statue tendant la main vers la lune.
Silhouette d’une statue tendant la main vers la lune. Jonathan Rathgeb / unsplash

Sentiment de contrôle

Les personnes pensant avoir un faible contrôle sur les événements (locus de contrôle externe en psychologie) sont plus à même d’attribuer une influence à la Lune que celles qui estiment que leurs actions ont un rôle sur leur vie (locus interne)19. De plus, la croyance dans les effets lunaires va souvent de pair avec la tendance à adhérer à des phénomènes paranormaux (existence des extraterrestres, réincarnation, perception au-delà des sens…)20.

Biais cognitifs à l’œuvre

Le cerveau remarque puis mémorise surtout ce qui confirme une idée préconçue (biais de confirmation). Il voit des liens là où il n’y en a pas (biais de corrélation illusoire21) et se souvient plus volontiers des phénomènes qui sortent de l’ordinaire (biais de disponibilité). Les croyances dans les effets de la Lune étant largement partagées dans la population générale (biais de conformité à la norme sociale) et étant relayées par les médias (biais d’exposition), il est tentant de donner du crédit à des témoignages ou études, même imparfaites, allant dans notre sens plutôt qu’à une étude dont la conclusion, à rebours de notre croyance, confirme des conclusions peu « croustillantes » (biais de publication ou du tiroir).

Type de biais Définition simple Exemple concret lié à la Lune
Biais de corrélation illusoire On perçoit un lien statistique entre deux choses alors qu’il n’existe pas de relation réelle On associe la pleine lune aux insomnies, alors que les statistiques ne montrent pas de lien systématique
Biais de causalité erronée (causalité illusoire) On confond succession temporelle et relation de causalité On associe à un phénomène concomitant à un autre une relation de cause à effet sur le second (ex. : « Cette nuit, j’ai mal dormi et c’était pleine lune » devient « La pleine lune m’a empêché de dormir »)
Biais de confirmation On convoque surtout les faits qui confirment une croyance et on ignore ceux qui la contredisent Une sage-femme se focalise sur toutes les nuits de pleine lune où il y a eu beaucoup de naissances, et écarte les nuits de pleine lune très calmes et les nuits actives hors pleine lune
Biais de croyance Le jugement sur la logique d’un argument est biaisé par l’adhésion à la conclusion. Une étude montrant un effet attendu (ex. : la pleine lune rend nerveux, hausse des naissances) doit être solide
Biais de mémoire sélective On se rappelle mieux ce qui confirme nos croyances On se remémore plus facilement une nuit agitée lors d’une pleine lune compte de la charge émotionnelle qui lui est associée
Biais de disponibilité On juge la fréquence d’un événement à partir de ce qui vient le plus facilement à l’esprit On retient plus facilement les nuits de pleine lune mémorables (crise, accident, dispute), ce qui donne l’impression qu’elles sont plus fréquentes
Illusion fréquence (récurrence perçue) Après avoir remarqué quelque chose, on est plus enclin à le remarquer par la suite et penser qu’il se produit plus souvent Si quelqu’un évoque le lien entre pleine lune et insomnie, on remarquera avec plus de facilité les prochaines occurrences
Effet nocebo lunaire L’attente d’un effet négatif augmente la probabilité de le ressentir On croit que la lune rose est une pleine lune encore plus spéciale que les autres, ce qui nous rend plus agités que d’habitude
Biais rétrospectif On est sûr a posteriori qu’un événement était prévisible Regarder son calendrier le lendemain d’une insomnie et en conclure après coup que cette insomnie était prévisible
Biais d’attribution externe On attribue ses difficultés à un facteur extérieur plutôt qu’à des causes internes On reporte sur la lune l’origine d’une nuit agitée, alors qu’elle pourrait s’expliquer par un excès de stress
Biais de surreprésentation des cas extrêmes On généralise à partir de quelques cas spectaculaires Un accident grave pendant une pleine lune est pris comme preuve d’un effet général
Biais de taille d’échantillon (de généralisation) On tire une règle générale à partir de très peu d’observations Sur la base des données recueillies dans une maternité, on conclut que les nuits de pleine lune, le nombre de naissances connaît un bond significatif dans tout le pays
Biais de surinterprétation des petits effets On présente un effet statistique faible comme une preuve forte Une baisse de quelques minutes de sommeil est présentée comme « la pleine lune perturbe le sommeil »
Biais de publication (effet du tiroir) Les revues préfèrent publier des résultats « spectaculaires » Une étude trouvant un petit effet lunaire est plus médiatisée qu’une autre qui le réfute. Les travaux ne trouvant aucun effet lunaire restent dans l’ombre
Biais de généralisation excessive On étend à tous les cas ce qui n’est vrai que pour un petit groupe Des résultats intermittents (le cycle menstruel calé avec les phases lunaires) sont interprétés comme une synchronisation stable et permanente
Biais de médiatisation Les médias amplifient les titres sensationnels Les médias simplifient les idées (ex. : « La pleine lune perturbe le sommeil ») sans insister sur les limites de l’étude
Biais de conformité / norme sociale On adopte une croyance parce qu’elle est partagée Infirmières, policiers, médecins répètent la croyance dans l’effet lunaire parce qu’elle est déjà répandue au sein des équipes
Biais de narration / mythe culturel Les récits culturels rendent une idée plus crédible La Lune est associée à la folie, à la magie, au mystère, ce qui facilite l’acceptation d’un « effet lunaire »
Effet de vérité illusoire Une information répétée semble véridique, même si elle n’est pas prouvée À force de répétition, une affirmation (ex. : à chaque pleine lune, les urgences explosent) semble devenir une vérité
Biais de croyance en l’effet lunaire (effet transylvanien) Croyance persistante en un lien Lune–troubles mentaux malgré l’absence de preuve On reste persuadé que la pleine lune augmente les crises ou les accidents, alors que les méta-analyses ne le rapportent pas

Références

  1. Cela concerne aussi les mouvements de la croûte terrestre.

  2. Selon les croyances ancestrales, on attribue des qualités aux phases de nouvelle et de pleine lune ainsi qu’aux phases croissante et décroissante. Entreraient en cause la luminosité de la Lune, la gravité de l’astre et son électromagnétisme.

  3. Ont notamment été étudiées : les taux d’homicides, accidents de la route, appels d’urgence à la police ou aux pompiers, violences conjugales, naissances, suicides, catastrophes majeures, taux de redistribution des casinos, assassinats, enlèvements, agressivité des joueurs de hockey professionnels, violences en prison, admissions en psychiatrie, agitation des résidents d’EHPAD, agressions, blessures par balle, coups de couteau, admissions aux urgences, crises de comportement chez les adultes ruraux souffrant de troubles psychologiques, lycanthropie (humain croyant devenir un loup), vampirisme, alcoolisme, somnambulisme, crises d’épilepsie.

  4. La durée du cycle menstruel varie considérablement selon les femmes et d’un cycle à l’autre chez une même personne. La durée normale d’un cycle se situe en 21 et 35 jours.

  5. Helfrich-Förster C. et al. (2021). Women temporarily synchronize their menstrual cycles with the luminance and gravimetric cycles of the Moon. Science Advances (7)5.

  6. Pour évaluer cette synchronisation, les chercheurs retenaient une série d’au moins trois cycles consécutifs au cours desquels le début des règles coïncidait avec la pleine lune ou la nouvelle lune.

  7. Yaël Nazé et Jean-Jacques Ingremeau, « Influence de la Lune : une histoire à dormir debout », Association française pour l’information scientifique, publié le 22 mars 2022

  8. Par l’Inserm, le CNRS et l’Université Claude Bernard Lyon 1. Ecochard, R. et al. (2024). Evidence that the woman’s ovarian cycle is driven by an internal circamonthly timing system. Science Advances, (10)15.

  9. Inserm, « Régularité du cycle menstruel : une horloge biologique modulée par la lune ? », Communiqué de presse, 10 avril 2024

  10. Redelmeier, D. A., & Shafir, E. (2017). The full moon and motorcycle related mortality: population based double control study. BMJ (Clinical research ed.), 359, j5367.

  11. Le rythme d’ouverture et de fermeture des huîtres, retirées de la mer, dépendrait de la position zénithale de la Lune à l’endroit où les huîtres se trouvent [position défendue par Frank Brown]. Par ailleurs, ce n’est qu’en lune descendante que les anguilles migreraient vers la mer des Sargasses. Enfin, chez les primates, le nombre d’accouplements augmenterait lors de la pleine lune. Lire : Marie-Lise Beau, « La lune, approche scientifique et symbolique, influence sur les vêlages », thèse pour le doctorat vétérinaire, Faculté de Créteil, 2004

  12. Bernd Brunner, « Petite histoire de la Lune », Paris, Armand Colin, Hors collection, 2013 ; Yaël Nazé, L'influence de la lune est-elle réelle ou imaginaire ?](https://theconversation.com/linfluence-de-la-lune-est-elle-reelle-ou-imaginaire-135499), The Conversation, publié le 1er juin 2020, mis à jour le 6 août 2023

  13. L’auteure cite la thèse de fin d’études de Marie-Lise Beau (2004) et les travaux de Mélanie Guitton (2019). Alice Peucelle, « Est-ce que la Lune influe vraiment sur les vêlages ? », Web-agri, publié le 21 juin 2024, consulté en janvier 2026

  14. Jean-Jacques Ingremeau et François-Marie Bréon, « La lune blanchit-elle le linge ? », Association française pour l’information scientifique, publié le 8 décembre 2022

  15. Louis Dufour, « Le folklore météorologique de la Lune », Ciel et Terre, n° 57, 1941, p. 49

  16. Louis Dufour rapporte des dictons chaldéen, anglais et néerlandais. In Louis Dufour, « Le folklore météorologique de la Lune », Ciel et Terre, n° 57, 1941, p. 49

  17. Tyler Vigen, « Spurious correlation #1574 : Popularity of the first name Leo correlates with number of websites on the Internet » et « Spurious correlation #5905 : Frozen yogurt consumption correlates with violent crime rates ». L’ancien site de Tyler Vigen est consultable ici.

  18. En psychologie, un biais est un mécanisme inconscient qui pousse l’esprit à prendre des raccourcis mentaux. Ces biais permettent de traiter plus rapidement une information, mais ils peuvent parfois conduire à des jugement et décisions erronés.

  19. Jorgenson, D. L. (1981). Beliefs in lunar effects: A test of the attributional locus of control hypothesis. Journal of Psychology, 107(2), 185-190.

  20. Rotton, J., & Kelly, I. W. (1985). A Scale for Assessing Belief in Lunar Effects: Reliability and Concurrent Validity. Psychological Reports, 57(1), 239-245. (Original work published 1985)

  21. Le biais de corrélation illusoire précède le biais de causalité erronée : on perçoit un lien, puis on en fait une cause.

Lire aussi

  1. Jérôme Bellayer, « Sous l'emprise de la Lune : Le regard de la science », Coll. Une chandelle dans les ténèbres, n° 15, 2011

  2. Robert T. Carroll, « Full moon and lunar effects », The Skeptic’s Dictionary, mise en ligne 1998, dernière mise à jour novembre 2015

  3. Wagner-Egger, P., & Joris, V. (2004). L'obscure clarté de la lune : Croyances et représentations. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, (63), 3-28

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