Date et origine du 10 Tevet

Le siège de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor II
Le siège de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor II (© British Library )

Dates du 10 Tevet

Le 10 Tevet (ou jeûne de Tevet) est prévu aux dates suivantes :

  • aucune date en 2019
  • mardi 7 janvier 2020 et vendredi 25 décembre 2020
  • mardi 14 décembre 2021

Cette fête a lieu le 10 du mois de Tevet dans le calendrier hébreu, comme son nom l'indique.

Le 10 Tevet, un jeûne en mémoire du siège de Jérusalem

Le jeûne du 10e mois du calendrier juif antique – qui correspond désormais au mois de Tevet, en décembre-janvier du calendrier grégorien – est mentionné pour la première fois dans le Livre de Zacharie, un texte de la Bible hébraïque, dans un passage composé à la fin du VIe siècle av. notre ère. Observé en mémoire du siège de Jérusalem par les Babyloniens, il est désormais fixé au 10e jour du mois.

Le début du siège de Jérusalem par les armées babyloniennes

En 587/6 av. notre ère, le roi Nabuchodonosor II conquit le royaume de Juda et déporta ses élites à Babylone. 50 ans plus tard, le souverain perse Cyrus l’emporta sur les Babyloniens : il autorisa alors les juifs qui le souhaitent à retourner s’installer dans l’ancien territoire du royaume de Juda, devenu une province de l’empire perse, et permit la reconstruction du temple de Jérusalem1. C’est dans ce contexte que, comme le rapporte le Livre de Zacharie, en 518 av. notre ère2, une délégation fut envoyée à Jérusalem pour interroger les prêtres et les prophètes sur la nécessité pour les juifs de continuer à observer un jeûne annuel3. La réponse du prophète Zacharie révèle l’existence de quatre4 jours de jeûne annuels observés depuis environ 70 ans5 : « le jeûne du quatrième mois, le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième mois »6.

Représentation du siège de Jérusalem dans un manuscrit juif du Xe siècle, Add MS 11695, ff. 220r-266r
Représentation du siège de Jérusalem dans un manuscrit juif du Xe siècle Add MS 11695, f. 222v / © British Library

Le fait que l’observance des jeûnes en question remonte aux alentours de l’année 588 signale qu’ils commémoraient vraisemblablement des événements de la conquête babylonienne du royaume de Juda, dont le déroulement est rapporté par deux autres textes de la Bible hébraïque, le Deuxième livre des Rois et le Livre de Jérémie. On y apprend qu’en 589/8 av. n.è. le 10e jour du 10e mois de l’année hébraïque marqua le début du siège de Jérusalem par les Babyloniens7.

L’oracle du prophète : une réponse ambigüe sur la pertinence de l’observance de la commémoration

Alors que Jérusalem se repeuplait et que le Temple était en cours de reconstruction – il sera achevé deux ans plus tard8 – fallait-il donc considérer que les jeûnes observés en souvenir de la conquête babylonienne de la ville étaient caducs ? Ou bien ces rites devaient-ils être maintenus dans une fonction de mémorial ? La réponse donnée par l’entremise de Zacharie n’est pas définitive et porte sur l’adéquation entre la foi et les pratiques, l’un des thèmes principaux des livres prophétiques9. Si le peuple éprouve le besoin d’expier ses péchés et ceux de ses ancêtres qui ont attirés la colère du Seigneur, rien ne les empêche de continuer à observer un jeûne commémoratif en témoignage de sa puissance. Le prophète, considéré comme rapporteur de la parole divine, apparaît donc comme le garant de légitimité de cette pratique.

Ainsi, à l’époque perse et tant qu’il y eut un temple à Jérusalem, l’observance du jeûne commémoratif du 10e mois pouvait constituer une marque de piété pour certains fidèles mais n’était pas obligatoire.

L’hypothèse d’une observance dans la Jérusalem du Ier siècle av. n.è.

Le jeûne du 10e mois n’est plus explicitement mentionné dans les sources antiques jusque dans l’Antiquité tardive. Néanmoins, on a proposé de voir des références au 10 Tevet derrière des jours de jeûne à l’origine incertaine et ponctuellement mentionnés dans les sources juives de l’époque hellénistique et romaine.

Flavius Josèphe, historien juif de la fin du Ier siècle de n.è. indique dans ses Antiquités juives qu’Hérode, désigné roi de Judée par la Romains et qui dût vaincre sur le champ de bataille les derniers descendants de la dynastie hasmonéenne10, conquit Jérusalem « sous le consulat de Marcus Agrippa et de Caninius Gallus, en la 185e Olympiade, le troisième mois, pendant la fête du jeûne »11. La détermination de ce jour de l’année 37 av. n.è. est très débattue12, même si la plupart des commentateurs interprètent la mention d’un jour de jeûne comme une confusion avec le shabbat. Toutefois, sur la base de calculs calendaires, Solomon Zeitlin a proposé de l’identifier avec le jeûne du 10 Tevet13. En outre, le même Flavius Josèphe indique que le roi Hérode trouva la mort dans une période comprise entre d’une part, un jour de jeûne observé par les juifs suivi d’une éclipse lunaire et, d’autre part, la fête de Pessah qui est célébrée au printemps, le 14 Nissan14. L’incertitude concernant la date de la mort d’Hérode donne lieu à de multiples hypothèses depuis des siècles15. Contre la position majoritaire élaborée au XIXe siècle qui place cet événement au printemps de l’année 4 av. n.è., certains défendent une datation alternative durant l’hiver 1 av. n.è. ou 1 de notre ère, et proposent ainsi d’identifier le jour de jeûne mentionné par Josèphe avec le 10 Tebet. Néanmoins, il s’agit dans les deux cas de théories très minoritaires, l’observance de ce jeûne n’étant pas explicitement documentée à la même époque.

L’uniformisation de la date et de la signification du jeûne dans l’Antiquité tardive

Les Guemarot16 des Talmuds de Jérusalem et de Babylone, respectivement compilés vers 400 et 600 de n.è., connaissent un jeûne du mois de Tevet lié à la conquête babylonienne de Jérusalem mais on observe des divergences sur son jour d’observance et sa signification précise. La première hypothèse, attribuée à Akiva, un rabbin actif au début du IIe siècle de n.è., reprend l’idée d’une commémoration du début du siège de Jérusalem :

Talmud de Babylone, Roch Hachana 18b : « "le jeûne du 10e". C’est le 10 Tebet, le jour où le roi de Babylone mit le siège à Jérusalem. Et pourquoi l’a-t-il [le prophète Zacharie] appelé "le jeûne du 10e ?". Parce qu’il a lieu au mois de Tevet, qui est le 10e mois »

Akiva cite à l’appui de son interprétation deux versets du Livre d’Ezéchiel, un texte prophétique de la Bible hébraïque rapportant l’action d’un prophète en activité au moment de la conquête babylonienne :

Ezéchiel 24,1-2 : « La neuvième année, le 10e mois, le 10 du mois, il y eut une parole du Seigneur pour moi : "Fils d’homme, note par écrit la date de ce jour, de ce jour précis ; car en ce jour précisément le roi de Babylone a attaqué Jérusalem" ».

Or, dans le même texte, un des disciples d’Akiva, Siméon Bar Yohaï, exprime son désaccord avec l’exégèse proposée par son maître et livre une interprétation légèrement différente de l’origine du jeûne, qu’il place non pas le 10, mais le 5 du mois de Tevet.

Talmud de Babylone, Roch Hachana 18b17 : « "le jeûne du 10e". C’est le 5 Tevet, le jour où la nouvelle de la conquête de la ville atteint la Diaspora [babylonienne]. Et ils octroyèrent au jour de l’annonce de la destruction le même statut que le jour de l’incendie [qui détruisit la ville et le Temple]18 »

Comme Akiva, Siméon Bar Yohaï convoque le Livre d’Ezéchiel pour appuyer son interprétation, mais en cite un passage différent :

Ezéchiel 33,21 : « La douzième année de notre déportation, le cinquième jour du dixième mois, un rescapé arriva vers moi de Jérusalem pour dire : "La ville est tombée !" ».

Cette divergence signale qu’à l’époque romaine et jusque dans l’Antiquité tardive, la signification et l’observance du jeûne commémoratif du mois de Tevet n’étaient pas uniformisées dans les communautés juives.

Un jeûne mineur partiellement réinterprété.

Le jeûne du 10 Tevet se caractérise par la privation de nourriture et de boisson du lever au coucher du soleil. L’office synagogal suit le modèle des jours de jeûne, intégrant notamment des prières pénitentielles comme Anénou (« Réponds-nous »)19, des récitations de poèmes liturgiques implorant le « pardon » divin (en hébreu, selihot) ainsi qu’une prière nommée « Notre père, notre roi » (en hébreu, Avinou Malkenou) dont les deux premières phrases étaient déjà récitées durant l’Antiquité tardive lors des jeûnes décrétés en période de sécheresse20.

On lit le même passage de la Torah que lors du jeûne de Guédalia et du 17 Tammouz, le récit de l’intercession de Moïse en faveur des Hébreux après l’épisode du Veau d’or21.

Comme les autres jeûnes commémoratifs mineurs, le 10 Tevet est tombé en désuétude dans beaucoup de communautés libérales. Chez les orthodoxes, ce jeûne commémore également les victimes des persécutions nazies dont la date de décès est inconnue.

Maureen Attali

Illustrations

Représentation de la famine à Jérusalem pendant le siège dans la Bible Historiale (XIVe)
Représentation de la famine à Jérusalem pendant le siège dans la Bible Historiale (XIVe) Petrus Comestor's "Bible Historiale" (manuscript "Den Haag, MMW, 10 B 23") / Public Domain / Wikimedia
Représentation du siège de Jérusalem dans un manuscrit juif du Xe siècle, Add MS 11695, ff. 220r-266r
Représentation du siège de Jérusalem dans un manuscrit médiéval chrétien du XVe siècle, par Jean Fouquet miniature / Public Domain / Wikiart

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