Date et origine du Jeûne de Guédalia

Livre ancien de prières pénitentielles pour le jeûne de Guédalia
Livre ancien de prières pénitentielles pour le jeûne (© The Jewish Theological Seminary)

Dates du Jeûne de Guédalia

Le Jeûne de Guédalia est prévu aux dates suivantes :

  • mercredi 2 octobre 2019
  • lundi 21 septembre 2020
  • jeudi 9 septembre 2021

Cette fête a lieu le 3 du mois de Tishri dans le calendrier hébreu.

Le jeûne de Guédalia, une lamentation en mémoire d’un assassinat

Aussi écrit Guedaliah, Guedaliaouh ou Guedalias

Le jeûne du 7e mois du calendrier juif antique – qui correspond désormais au mois de Tishri, en septembre-octobre du calendrier grégorien – est mentionné pour la première fois dans le Livre de Zacharie, un texte de la Bible hébraïque, dans un passage composé à la fin du VIe siècle av. notre ère. Fixé au 3 Tishri, il est observé en mémoire de l’assassinat du gouverneur juif mis en place par les Babyloniens qui marqua la fin de l’autonomie judéenne pour plus de 400 ans.

L’assassinat de Guédalia, le gouverneur juif nommé par les Babyloniens

En 587/6 av. notre ère, le roi Nabuchodonosor II conquit le royaume de Juda et déporta ses élites à Babylone. 50 ans plus tard, le souverain perse Cyrus l’emporta sur les Babyloniens : il autorisa alors les juifs qui le souhaitent à retourner s’installer dans l’ancien territoire du royaume de Juda, devenu une province de l’empire perse, et permit la reconstruction du temple de Jérusalem1. C’est dans ce contexte que, comme le rapporte le Livre de Zacharie, en 518 av. notre ère2, une délégation fut envoyée à Jérusalem pour interroger les prêtres et les prophètes sur la nécessité pour les juifs de continuer à observer un jeûne annuel3. La réponse du prophète Zacharie mentionne l’existence de deux4 ‒ puis de quatre5 ‒ jours de jeûne annuels :

Zacharie 7,5 : « Vous avez jeûné, avec des lamentations, au cinquième et au septième mois et cela depuis 70 ans ».

Le fait que l’observance des jeûnes en question remonte aux alentours de l’année 588 signale qu’ils commémoraient vraisemblablement des événements de la conquête babylonienne du royaume de Juda, dont le déroulement est rapporté par deux autres textes de la Bible hébraïque, le Deuxième livre des Rois et le Livre de Jérémie. On y apprend que lors du 7e mois, Guédalia, qui avait été désigné gouverneur de Juda par le roi de Babylone, fût assassiné avec son entourage par une faction menée par Ishmaël, fils de Netanya6. Ni le jour exact ni l’année de cet événement ne sont as précisés ; on suppose en général qu’il a eu lieu soit l’année même de la prise de la ville, en 587/6 ‒ Guédalia n’aurait alors exercé ses fonctions que pendant 2 mois – soit l’année suivante.

Représentation de la famine à Jérusalem pendant le siège dans la Bible Historiale (XIVe)
Impressions de sceaux en argile datant d’environ 600 av. n.è., au nom de « Gédalia, chancelier du palais » (fig.3 de la photo) et de « Guédalia, serviteur/ministre du roi » (fig 4 de la photo). La majorité des historiens l'identifient avec le personnage du même nom qui est commémoré lors de cette fête. Meir Lubetski et Edith Lubetski, New Inscriptions and Seals Relating to the Biblical World / Atlanta, Society of Biblical Literature, 2012,

L’oracle du prophète : une réponse ambigüe sur la pertinence de l’observance de la commémoration

Alors que Jérusalem se repeuplait et que le Temple était en cours de reconstruction – il sera achevé deux ans plus tard7 – fallait-il donc considérer que les jeûnes observés en souvenir de la conquête babylonienne de Juda étaient caducs ? Ou bien ces rites devaient-ils être maintenus dans une fonction de mémorial ? La réponse donnée par l’entremise de Zacharie n’est pas définitive et porte sur l’adéquation entre la foi et les pratiques, l’un des thèmes principaux des livres prophétiques8. Si le peuple éprouve le besoin d’expier ses péchés et ceux de ses ancêtres qui ont attirés la colère du Seigneur, rien ne les empêche de continuer à observer un jeûne commémoratif en témoignage de sa puissance. Le prophète, considéré comme rapporteur de la parole divine, apparaît donc comme le garant de légitimité de cette pratique.

Ainsi, à l’époque perse et tant qu’il y eut un temple à Jérusalem, l’observance du jeûne commémoratif du 7e mois pouvait constituer une marque de piété pour certains fidèles mais n’était pas obligatoire. Ce jeûne n’est d’ailleurs plus explicitement mentionné dans les sources antiques pendant 700 ans.

La date du 3 Tishri et la concurrence avec une commémoration joyeuse

Dans les Guemarot9 dans Talmuds, le jour que l’on appelle désormais « jeûne de Guédalia » se voit attribuer une date fixe a cours du 7e mois, le 3 Tishri.

Talmud de Babylone, Roch Hachana 18b : « Le jeûne du 7e ». C’est le 3 Tishri, la jour où Guédalia, fils d’Ahikam, a été tué. Les Sages ont instauré une fête commémorative de la mort de Guédalia pour enseigner que la mort des justes est aussi grave que l’incendie du Temple. Et pourquoi le prophète [=Zacharie] l’a-t-il appelé "le jeûne du 7e" ? Parce que Tichri est le 7e mois. »

Néanmoins, la détermination de cette date posa problème, car, d’après un texte rabbinique antérieur à la compilation des Talmuds, le Rouleau des jeûnes, il était expressément interdit de jeûner le 3 Tishri10. C’était en effet un jour de commémoration joyeuse célébrant la « Suppression de la mention », un événement placé à l’époque hellénistique, soit plusieurs siècles après la mort de Guédalia11. Si certaines autorités talmudiques prétendent résoudre la contradiction en affirmant que le Rouleau des jeûnes a été annulé depuis la destruction du Temple, tous ne sont pas de cet avis12. L’absence de consensus nous permet de conclure que les traditions et les usages sur le type de fête à observer à la date du 3 Tichri et donc sur le jeûne de Guédalia n’étaient pas les mêmes dans toutes les communautés juives dans l’Antiquité tardive. De nombreux rabbins considèrent d’ailleurs que la pertinence des jeûnes commémoratifs devait être évaluée en lien avec la situation des communautés juives contemporaines13.

Par ailleurs, une autre tradition talmudique rapporte que le meurtre de Guédalia n’avait pas été perpétré le 3 Tichri, mais le 1er. Cependant, comme cette date était celle d’un jour de fête majeur – Roch Hachana, qui voit à la même époque sa durée étendue à 2 jours14 ‒, il n’était pas possible de décréter un jeûne annuel à cette date : celui-ci fût donc repoussé au surlendemain.

Représentation de la famine à Jérusalem pendant le siège dans la Bible Historiale (XIVe)
Livre ancien de prières pénitentielles (selihot), Metz Selihot, David ben Josiah Isaac Moshe Halevi / © The Jewish Theological Seminary

Un jeûne mineur situé entre deux fêtes majeures du judaïsme

Le jeûne de Guédalia se caractérise par la privation de nourriture et de boisson du lever au coucher du soleil. L’office synagogal suit le modèle des jours de jeûne, intégrant notamment des prières pénitentielles comme Anénou (« Réponds-nous »)15, des récitations de poèmes liturgiques implorant le « pardon » divin (en hébreu, selihot) spécifiques. On lit le même passage de la Torah que lors du 17 Tammouz, le récit de l’intercession de Moïse en faveur des Hébreux après l’épisode du Veau d’or16.

Le 3 Tishri est placé durant l’intervalle qui sépare la fête de Roch Hachana (1er Tishri) de celle de Kippour (10 Tishri). Ce jeûne est donc intégré aux nombreux rites d’affliction qui caractérisent cette période nommée « les 10 jours de Techouva (en hébreu, « retour ») »17. A la synagogue, cela se traduit par la récitation du Psaume 130 et d’une prière spécifique nommée « Notre père, notre roi » (en hébreu, Avinou Malkenou) dont les deux premières phrases étaient déjà récitées durant l’Antiquité tardive lors des jeûnes décrétés en période de sécheresse18.

Si le 3 Tishri tombe un samedi, le jeûne est décalé au lendemain dimanche. Néanmoins, son observance, déjà facultative selon les rabbins du Talmud, est tombée en désuétude dans de nombreuses communautés libérales qui jugent que cette commémoration a perdu de sa pertinence.

Maureen Attali

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